Plus de 126 000 condamnations et 11 000 arrestations : la répression post-putsch en Turquie entre dans sa 9e année
La répression en Turquie suite au coup d’État avorté de 2016 a conduit à plus de 126 000 condamnations et laissé plus de 11 000 personnes en prison, selon les derniers chiffres du ministère de la Justice cités mardi par l’agence étatique Anadolu.
La tentative de putsch du 15 juillet 2016, qui a fait plus de 250 morts, a été menée par une faction militaire. Le gouvernement a immédiatement accusé le mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur exilé Fethullah Gülen, d’avoir orchestré le complot. Gülen, qui vivait aux États-Unis jusqu’à son décès en octobre 2024, a toujours nié toute implication et réclamé une enquête internationale indépendante – demande restée sans suite.
Nous commémorons aujourd’hui le neuvième anniversaire de cette tentative de coup d’État.
Condamnations massives et enquêtes en cours
Le ministre de la Justice Yılmaz Tunç a indiqué à Anadolu que depuis 2016, les tribunaux turcs ont condamné 126 796 civils pour des liens présumés avec le mouvement Gülen. Environ 11 085 personnes purgent actuellement leur peine ou attendent l’issue de leurs appels. 555 autres sont en détention provisoire.
Des procédures judiciaires sont toujours en cours contre plus de 24 000 personnes, tandis que 58 000 autres font l’objet d’enquêtes actives, près d’une décennie après les événements de 2016.
Dans les procès distincts visant les accusés de participation directe au putsch, 289 affaires ont été conclues. Sur 4 891 condamnations, 1 634 ont écopé de peines de prison à perpétuité aggravées et 1 366 de peines de prison à vie. Anadolu rapporte que 2 870 personnes ont été acquittées.
Poursuite mondiale des sympathisants Gülen

La répression s’est étendue au-delà des frontières turques, avec des demandes d’extradition de membres présumés du mouvement Gülen. Selon Tunç, la Turquie a soumis 3 579 demandes de notice rouge INTERPOL et 2 364 demandes d’extradition à 118 pays. Seules 131 personnes ont été rapatriées, dont 128 via des « méthodes informelles » souvent illégales.
Le gouvernement Erdoğan a eu recours à des méthodes extrajudiciaires pour faire revenir ses critiques après le rejet de ses demandes officielles. Cette campagne s’appuie souvent sur des renditions illégales orchestrées par les services secrets turcs (MİT).
Les victimes subissent des violations des droits humains : arrestations arbitraires, perquisitions, tortures. Le Stockholm Center for Freedom documente ces abus dans son rapport »Turkey’s Transnational Repression« .
Dans plusieurs cas, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a estimé que ces transferts forcés violaient les normes internationales.
Purgés massifs dans la fonction publique et la justice
Sur le plan national, le gouvernement a lancé des purges massives. Plus de 127 000 fonctionnaires ont été licenciés. Moins de 20 000 ont été réintégrés via la Commission OHAL.

Les licenciés sont blacklistés dans le privé, privés de passeports et fichés dans le système de sécurité sociale. Des milliers subissent une exclusion socio-économique durable.
La justice a perdu 4 006 magistrats après le putsch, réduisant les effectifs de 12 000 à 8 000. Plus de la moitié du personnel judiciaire actuel a moins de cinq ans d’expérience.
L’état de droit s’est fortement dégradé depuis 2016. La Turquie occupe désormais le 117e rang sur 142 dans l’indice Rule of Law 2024.
Les critiques dénoncent une répression qui dépasse largement les putschistes pour viser les opposants pacifiques. Des activités légales (compte à la Bank Asya, utilisation de ByLock) sont criminalisées.
La CEDH a plusieurs fois statué que ces activités ne constituaient pas des actes criminels au regard des standards internationaux.
Selon Anadolu, 390 354 personnes ont été interpellées depuis 2016 pour des motifs liés au terrorisme ou au putsch, dont 113 837 en détention.
Les ONG comme Amnesty International dénoncent une répression qui sape les procédures équitables, réprime la dissidence et cible un groupe religieux sans preuves crédibles.
Malgré les critiques internationales, les arrestations massives et les purges se poursuivent en 2025.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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