Plus de 26 000 violations des droits signalées dans les prisons turques en 2024, selon un organisme de surveillance
Une organisation de défense des droits de l’homme a documenté au moins 26 632 violations des droits dans les prisons turques en 2024, citant la surpopulation, le refus de soins médicaux, la torture et les discriminations systémiques contre les groupes vulnérables, notamment les femmes, les personnes LGBTQ+ et les personnes handicapées.
Le rapport annuel, publié mardi par l’Association des droits de l’homme (İHD), précise que ce chiffre ne représente probablement qu’une fraction du total réel, l’organisation ne pouvant documenter que les cas qui lui sont signalés directement par courrier, visites d’avocats ou appels de proches.
Selon le rapport, la population carcérale turque a atteint 378 657 détenus fin 2024, bien au-delà de la capacité officielle de 299 042, marquant une multiplication par 5,4 depuis 2000. Malgré l’ouverture de 12 nouvelles prisons l’an dernier et des projets pour 11 autres en 2025, la surpopulation s’aggrave. Le taux d’occupation dépasse désormais 126 %, ce que le rapport qualifie de violation systémique des droits humains et de mépris pour le principe selon lequel la détention provisoire devrait être l’exception, non la règle.
Parmi les constats les plus alarmants figurent les cas de détenus malades. L’İHD a identifié au moins 1 412 prisonniers en mauvaise santé, dont 335 gravement malades. Beaucoup ne peuvent subvenir seuls à leurs besoins fondamentaux. Malgré des certificats médicaux attestant leur état, certains se voient refuser leur libération. Le rapport accuse le Conseil de médecine légale (ATK) de motivations politiques dans les dossiers de prisonniers politiques, refusant leur libération même lorsque des expertises multiples confirment que leur détention met leur vie en danger.
Le rapport détaille de nombreux cas où des détenus atteints de cancer, de troubles neurologiques avancés ou de handicaps moteurs se sont vu refuser des soins ou ont dû attendre des mois pour consulter un spécialiste. Les transferts vers les hôpitaux posent aussi problème, avec des conditions de transport indignes. Beaucoup subissent des fouilles corporelles humiliantes ou se voient refuser tout soin pour avoir rejeté ce que le rapport appelle des « exigences inhumaines », comme marcher pieds nus ou subir des fouilles buccales.
Le document relève également des actes de torture, mauvais traitements et comportements dégradants par le personnel pénitentiaire. Les détenus rapportent des coups, menaces et traitements discriminatoires. Dans certains établissements, ils auraient été contraints de devenir informateurs sous la contrainte. Fouilles intégrales, appels sous la menace, privation de promenades et raids détruisant des effets personnels sont fréquemment signalés.
Les populations vulnérables sont touchées de manière disproportionnée. 780 enfants de moins de 6 ans vivent en prison avec leur mère. Les femmes, surtout celles ayant des besoins médicaux urgents ou des handicaps, manquent d’installations adaptées et de soutien médical ou psychologique. Les détenus LGBTQ+ subissent isolement, insultes et refus de traitements hormonaux. Les étrangers et handicapés rencontrent aussi des obstacles pour accéder aux services de base.
Le rapport souligne une recrudescence des grèves de la faim en 2024 pour protester contre les mauvais traitements et mesures disciplinaires arbitraires. Les participants rapportent des représailles : isolement, privation de contact avec leur famille ou avocats.
Les communications et l’accès à l’information restent fortement limités. Des détenus se voient refuser livres, actualités ou même correspondance avec leurs proches. Courriers et documents juridiques sont censurés ou non distribués. L’İHD accuse les administrations pénitentiaires d’utiliser des enquêtes disciplinaires arbitraires pour punir ceux qui s’expriment.
Les conditions de vie sont aussi dénoncées : nourriture insuffisante, non nutritive ou contaminée, accès payant à l’eau potable, chauffage et ventilation inadéquats. La surpopulation aggrave les risques sanitaires dans des espaces partagés insalubres.
Ces conditions menacent particulièrement les détenus âgés. Plus de 5 500 ont plus de 65 ans et beaucoup risquent leur santé faute de soins et d’aménagements adaptés.
L’İHD critique aussi le cadre légal, notamment les mécanismes de libération conditionnelle ou report de peine, appliqués inéquitablement. Une directive du ministère de la Justice de 2023 visant à faciliter la libération des détenus gravement malades serait rarement respectée.
Enfin, le rapport dénonce le refus des autorités de publier des données sur les populations carcérales vulnérables (prisonniers politiques, LGBTQ+, malades graves). Ce manque de transparence entraverait tout contrôle indépendant et perpétuerait une culture de l’impunité.
*Cet article est repris du Stockholm Center for Freedom.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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