Syndicats de fonctionnaires et opposition accusent le gouvernement d’Erdoğan de plonger des millions de personnes dans la pauvreté avec le nouvel accord salarial
Les syndicats du secteur public et le principal parti d’opposition en Turquie ont accusé le gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan de condamner des millions de personnes à la pauvreté avec les augmentations salariales prévues pour les fonctionnaires et les retraités en 2026-2027, a rapporté l’agence de presse Anka mercredi.
Après l’échec des négociations salariales avec les fonctionnaires, le conflit portant sur les augmentations pour 2026-2027 entre le gouvernement et Memur-Sen, le plus grand syndicat de fonctionnaires de Turquie, a été soumis la semaine dernière au Conseil d’arbitrage des fonctionnaires pour une décision contraignante. Le conseil a annoncé mercredi que les salaires augmenteraient de 11% au premier semestre 2026 et de 7% au second semestre, suivis de hausses de 5% et 4% sur les deux semestres de 2027. La décision incluait également une augmentation de base de 1 000 TL (24$) et des ajustements mineurs sur les avantages tels que les primes linguistiques et les allocations pour les familles avec enfants handicapés.
Cette décision, qui a suscité des critiques des syndicats et du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, intervient après que Memur-Sen a réclamé une augmentation de 88% pour 2026 et 46% pour 2027, avec des hausses semestrielles de 25% et 20% en 2026 puis 20% et 15% en 2027. Le syndicat demandait également des salaires de base plus élevés, une augmentation de 10 000 livres plus une part de prospérité de 10% début 2026 et une hausse de 7 500 livres début 2027, ainsi qu’une prime mensuelle de convention collective de 2 925 livres et 17 600 livres d’aide au logement, en plus d’autres allocations.
Une part de prospérité est un type de paiement s’ajoutant aux salaires réguliers, destiné à compenser les pertes de pouvoir d’achat causées par l’inflation ou les crises économiques. Ce versement vise à améliorer les conditions de vie des travailleurs et à garantir un meilleur niveau de bien-être.
Les dirigeants syndicaux et un député du CHP ont exprimé leurs critiques lors d’une manifestation organisée par la Confédération unie des travailleurs publics (Birleşik Kamu-İş) devant le ministère des finances à Ankara, où des fonctionnaires s’étaient rassemblés mercredi pour dénoncer la décision du conseil.
Orhan Yıldırım, dirigeant de Birleşik Kamu-İş, a accusé le gouvernement de maintenir un système de fixation des salaires qui appauvrit les fonctionnaires en excluant le droit de grève et en confiant les conflits à un conseil d’arbitrage favorable aux autorités. Il a déclaré que le processus de négociation collective était depuis longtemps réduit à du « théâtre », ajoutant que sa confédération refusait de jouer le jeu et de légitimer des discussions qu’il jugeait truquées en faveur du gouvernement.
Yıldırım a précisé que son syndicat soutenait les citoyens ordinaires aux prises avec les loyers et les courses plutôt que « ceux vivant dans des villas et roulant en voitures officielles ». Il a affirmé que leurs revendications étaient simples : un salaire permettant aux familles de vivre dignement, de payer leur logement et de couvrir les frais scolaires sans s’endetter. Il a également lié la détérioration économique au système présidentiel turc, soutenant que les promesses de prospérité avaient abouti à ce que « 80 millions de personnes vivent sous les seuils de pauvreté et de faim ». Tenant Erdoğan pour personnellement responsable, Yıldırım a déclaré que la politique économique du gouvernement visait à protéger l’élite au pouvoir tout en condamnant des millions de personnes à la pauvreté.
Kadem Özbay, dirigeant du syndicat enseignant Eğitim-İş, a également dirigé ses critiques vers Erdoğan, affirmant que le processus d’arbitrage n’avait fait que confirmer ce que les travailleurs anticipaient déjà. Il a déclaré que des millions de personnes étaient éloignées de conditions de vie décentes et accusé le gouvernement de maintenir ce qu’il appelle un « régime à un seul homme » qui canalise les ressources publiques vers les luxes des palais plutôt que vers les besoins des citoyens.
Yalçın Karatepe, vice-président du CHP, a également déclaré que la décision du conseil d’arbitrage montrait une fois de plus que les fonctionnaires faisaient face à ce qu’il appelle des « pratiques organisées ». Il a soutenu que si un côté de ce schéma était formé par le gouvernement et ses gestionnaires économiques, l’autre était constitué de groupes « qui portent le nom de syndicat mais n’ont rien à voir avec le syndicalisme ». Karatepe a souligné que la décision du conseil n’avait aucune légitimité, avertissant que les augmentations imposées condamneraient les fonctionnaires à la pauvreté.
Lors d’un référendum en avril 2017, la Turquie est passée d’un système parlementaire à un système présidentiel exécutif accordant à Erdoğan et à son gouvernement AKP des pouvoirs étendus, système critiqué pour avoir supprimé les freins et contrepoids constitutionnels, affaiblissant ainsi davantage la démocratie turque.
Ces dernières années, la Turquie souffre d’un recul économique, avec une inflation et un chômage élevés ainsi qu’un bilan médiocre en matière de droits humains. Erdoğan est critiqué pour sa mauvaise gestion économique, avoir vidé les caisses de l’État et instauré un pouvoir personnel dans un pays où la dissidence est réprimée et les opposants emprisonnés sur des accusations politiques.
Selon les chiffres de juillet de la Confédération des syndicats turcs (TÜRK-İŞ), le seuil de faim en Turquie s’élevait à 26 413 TL (665$), dépassant le salaire minimum mensuel actuel de 22 104 TL (574$). Le seuil de faim représente le montant nécessaire pour qu’une famille de quatre personnes puisse se nourrir de manière saine et équilibrée.
Le seuil de pauvreté, incluant les dépenses supplémentaires comme le logement, les transports, les vêtements, l’éducation et la santé, était quant à lui calculé à 86 036 TL (2 167$).
La Turquie est connue pour son pourcentage relativement élevé de travailleurs au salaire minimum. Les syndicats estiment qu’environ la moitié des travailleurs gagnent un salaire proche du minimum légal.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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