Trente barreaux turcs demandent la libération de Demirtaş après la décision de la Cour européenne
Trente barreaux à travers la Turquie ont exhorté mercredi les autorités à libérer le leader kurde d’opposition Selahattin Demirtaş, suite à un arrêt contraignant de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qualifiant sa détention de politiquement motivée, rapporte le Stockholm Center for Freedom, citant le site d’information T24.
Cette déclaration intervient après que la CEDH a refusé de renvoyer son jugement à la Grande Chambre, finalisant ainsi la décision. La Cour avait statué que la détention provisoire de Demirtaş violait la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) et visait à étouffer le débat démocratique.
« Nous appelons respectueusement les autorités à appliquer d’urgence les décisions de la Cour constitutionnelle et de la CEDH, à prendre les mesures nécessaires pour ceux dont les droits ont été violés, et à agir conformément au principe de l’État de droit », ont déclaré les barreaux dans un communiqué conjoint.
La Turquie a fait appel le 8 octobre, contestant l’arrêt du 8 juillet de la Cour de Strasbourg qui estimait qu’Ankara violait la CEDH. S’appuyant sur son arrêt de 2020, la Cour a jugé que la détention provisoire de Demirtaş pendant plus de quatre ans à l’époque « poursuivait un but inavoué, à savoir étouffer le débat public et limiter la portée du débat démocratique. »
« Malgré ce cadre constitutionnel clair, le non-respect des décisions de la CEDH constitue non seulement une violation des droits individuels, mais aussi une infraction à la constitution et aux obligations internationales », indique le communiqué. « En vertu de l’article 46 de la Convention européenne des droits de l’homme, tous les États membres sont tenus d’exécuter les arrêts définitifs de la Cour. »
Demirtaş, éminent politicien kurde, ancien dirigeant du Parti démocratique des peuples (HDP) pro-kurde et critique vocal du président Recep Tayyip Erdoğan, avait été initialement arrêté le 4 novembre 2016 pour des accusations incluant la « diffusion de propagande terroriste » et des liens présumés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit.
En mai 2024, Demirtaş a été condamné à 42 ans de prison pour avoir prétendument sapé l’unité de l’État lors des manifestations de Kobani – des protestations qui avaient éclaté à travers la Turquie du 6 au 8 octobre 2014 lorsque l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) assiégeait la ville kurde syrienne de Kobani. Particulièrement violentes dans les provinces majoritairement kurdes du sud-est, ces manifestations avaient fait 37 morts.
La CEDH a désormais statué à trois reprises – en 2018, 2020 et 2025 – que la détention de Demirtaş violait ses droits, concluant que les autorités turques visaient à réduire au silence l’opposition politique. Le dernier arrêt a ordonné à Ankara de payer plus de 55 000 euros de dommages et intérêts et de frais judiciaires.
Des experts juridiques et observateurs politiques estiment que le refus d’Ankara de libérer Demirtaş malgré des décisions judiciaires répétées soulève des doutes sur son engagement envers l’État de droit et les réformes démocratiques. Bien qu’une commission parlementaire sur les efforts de paix avec les Kurdes ait entamé des réunions, les critiques notent que le président Erdoğan n’a pris aucune mesure concrète depuis que le PKK a officiellement renoncé à sa campagne armée en mai après quatre décennies de conflit ayant fait plus de 40 000 morts. Parmi les signataires figuraient des barreaux de grandes provinces comme Istanbul, Diyarbakır, Antalya et Bursa, ainsi que 26 autres.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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