Turquie : l’amnistie envisagée ne concernerait que les militants du PKK selon un parti pro-kurde
Un député du Parti pour l’égalité et la démocratie du peuple (DEM), pro-kurde, a déclaré que le gouvernement turc, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit et son fondateur emprisonné, Abdullah Öcalan, soutiennent tous l’adoption d’une « loi spéciale » pour réguler la réintégration des militants déposant les armes plutôt qu’une amnistie générale, dans le cadre du processus de paix en cours.
Mithat Sancar, professeur de droit et membre de la délégation dite « d’İmralı » du DEM – un groupe nommé d’après l’île où le fondateur du PKK Abdullah Öcalan est emprisonné depuis 1999 – a déclaré au quotidien Yeni Yaşam que le gouvernement et le PKK préfèrent l’adoption d’une « loi spéciale » à une amnistie générale.
Cette loi encadrerait le retour et la réintégration des membres du PKK depuis le nord de l’Irak et d’autres régions dans le cadre du processus de paix visant à mettre fin à des décennies de violence armée.
Le PKK a annoncé en mai sa décision de déposer les armes et de se dissoudre, suivant un appel lancé par Öcalan en février.
Une commission a été créée au Parlement turc en août pour faire avancer les efforts de paix et proposer des mesures juridiques concernant la dissolution du PKK et le sort de ses militants.
Sancar a indiqué que les discussions à Ankara portent désormais sur la manière d’encadrer juridiquement le dépôt des armes et la dissolution de l’organisation dans le cadre du processus de paix.
« La bonne approche », a-t-il affirmé, « est d’introduire des réglementations spécifiques à l’organisation qui s’est dissoute et a déposé les armes. » Il a ajouté qu’une amnistie plus large incluant d’autres prisonniers politiques « pourrait entraîner des complications ».
Ses propos confirment que l’amnistie tant attendue, évoquée dans le cadre des nouveaux efforts de paix entre Ankara et le PKK, n’inclurait pas les figures de l’opposition, journalistes, universitaires ou militants emprisonnés sous les lois antiterroristes controversées de la Turquie.
Inquiétudes sur une justice sélective
Ce projet a suscité de vives critiques parmi les experts juridiques et les défenseurs des droits humains, qui estiment que limiter les réformes aux membres du PKK accentuerait l’utilisation sélective et politisée de la justice par le gouvernement.
« C’est l’un des problèmes fondamentaux du pays – des professeurs de droit éminents qui tordent et manipulent la loi », a écrit sur X l’avocate Hatice Yıldız, critiquant Sancar pour son soutien à une mesure discriminatoire. Elle accuse le gouvernement d’instrumentaliser les réformes juridiques à des fins politiques plutôt que pour la justice.
Ülkenin en temel sorunlarından biri de bu. Anlı şanlı hukuk hocalarının “hukuku eğip bükmesi”
Hanry David Thoreau’nun Sivil İtaatsizlik kitabını okumanızı tavsiye ederim. En sevdiğim sözlerinden biri şu idi;
“Bana düşen kınadığım hukuksuzluğa alet olmamak” @mithatsancarr https://t.co/PTNbuACr8f
— Av.Hatice YILDIZ (@avhaticeyldz) November 11, 2025
La Turquie est depuis longtemps critiquée pour son application extensive des lois antiterroristes, que les groupes de droits humains considèrent comme une criminalisation de la dissidence politique. Depuis le coup d’État avorté de 2016, des dizaines de milliers de personnes, dont des journalistes, des militants et des membres de l’opposition, ont été emprisonnées pour des accusations de terrorisme largement perçues comme politiquement motivées.
La répression en cours contre le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition, et le mouvement Gülen a encore accru la population carcérale du pays.
Un rapport de Reuters la semaine dernière a confirmé la déclaration de Sancak sur la portée de la législation proposée.
Deux sources, décrites comme un haut responsable moyen-oriental et une figure d’un parti politique kurde, ont indiqué à Reuters que le projet offrirait une protection juridique aux militants du PKK revenant en Turquie, mais n’accorderait pas d’amnistie générale pour les crimes commis par les militants.
Le plan prévoirait le retour d’environ 1 000 civils dans un premier temps, suivi de quelque 8 000 combattants du PKK après un examen individuel. Les commandants pourraient être relocalisés dans un pays tiers.
Le PKK, désigné comme une « organisation terroriste » par la Turquie et ses alliés occidentaux, a lancé sa campagne armée en 1984, qui a fait plus de 40 000 morts.
Le nouveau processus de paix avec le groupe a été lancé l’année dernière après un appel surprise du leader d’extrême droite Devlet Bahçeli, demandant à Öcalan d’ordonner à son groupe de renoncer à la lutte armée, tout en laissant entendre que la fin des violences du PKK pourrait conduire à la libération d’Öcalan.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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