Turquie : quatre journalistes arrêtés pour leur prétendue appartenance à une « organisation terroriste »
Un tribunal turc a ordonné l’arrestation de quatre journalistes interpellés la semaine dernière à Istanbul dans le cadre d’une enquête lancée par des procureurs de la province d’Artvin (nord-est), a rapporté l’agence ANKA ce mardi.
Les journalistes indépendants Dicle Baştürk, Yavuz Akengin et Eylem Emel Yılmaz, ainsi qu’Ozan Cırık, collaborateur du site d’information Sendika.org, ont été placés en détention provisoire pour « appartenance à une organisation terroriste ». Semra Pelek, ancienne membre de l’Association d’études sur les médias et le droit (MLSA), et Melisa Efe, traductrice pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, ont quant à elles été libérées sous contrôle judiciaire.
Les journalistes avaient initialement été interpellés avec trois autres confrères lors de perquisitions matinales le 13 juin à Istanbul, sur ordre du parquet d’Artvin, avant d’être transférés dans cette province pour interrogatoire. Bien que le dossier reste classé, leurs avocats affirment que les accusations reposent sur leurs activités professionnelles.
Me Yücel Arslan, représentant de Baştürk, a déclaré à ANKA que des activités journalistiques ordinaires – comme la couverture de l’actualité ou les rémunérations perçues – étaient présentées comme des preuves d’actes criminels.
« Ce dossier n’a fait l’objet ni d’un examen approfondi ni d’une enquête sérieuse. Nous espérons pouvoir exposer clairement notre défense devant le tribunal », a-t-il affirmé.
Me Didare Hazal Sümeli, avocate de Pelek, a souligné l’absence de preuves autres que des actes de journalisme :
« Après quatre jours en garde à vue, le tribunal a décerné quatre mandats de dépôt et placé trois autres personnes sous contrôle judiciaire. Cette phase d’enquête semble close… L’intégralité des charges repose uniquement sur des activités journalistiques. »
Selon des médias turcs, les interrogatoires ont porté sur les rémunérations perçues pour des reportages, l’assistance technique fournie à des sites d’information et leurs communications téléphoniques – les enquêteurs cherchant à y déceler d’éventuels indices criminels. Les détenus ont nié ces allégations, arguant qu’il s’agissait de paiements normaux pour un travail professionnel.
La Turquie, régulièrement pointée comme l’un des plus grands geôliers de journalistes au monde par les organisations de défense de la liberté de la presse, occupe désormais le 159e rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières (RSF), publié début mai.
Les autorités turques recourent fréquemment à des lois antiterroristes floues et à des accusations d’insulte pour poursuivre les membres de la presse.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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