Turquie : Un avocat gravement malade libéré, sa famille dénonce une décision trop tardive
Un avocat turc atteint d’un cancer en phase terminale, ayant perdu une jambe faute de soins médicaux en prison, a été libéré pour raisons médicales cette semaine. Mais sa famille estime que cette décision arrive trop tard, son état étant désormais critique, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Süleyman Yıldırım, 57 ans, hospitalisé la semaine dernière à l’hôpital Şehir d’İzmir, a été renvoyé chez lui lundi soir après avoir obtenu un sursis de trois mois du Conseil turc de médecine légale (ATK).
L’ATK est régulièrement critiqué pour ses rapports controversés déclarant des détenus gravement malades aptes à rester incarcérés. Les défenseurs des droits dénoncent son manque d’indépendance face aux pressions politiques et son rôle dans la persécution des prisonniers politiques.
Selon sa famille, les médecins ont indiqué que la tumeur aux poumons de Yıldırım est désormais trop étendue pour être opérée.
« Il ne pèse plus que 40 kilos », a déclaré un proche. « Il n’a reçu aucun traitement adéquat en prison. Même à l’hôpital, les soins ont été insuffisants. Il est entre la vie et la mort. »
Une coalition de 17 organisations internationales de droits humains a publié début octobre une déclaration commune exhortant les autorités turques à libérer Yıldırım pour raisons médicales. Cet appel faisait suite à l’amputation de sa jambe gauche, conséquence selon elles des retards délibérés dans ses soins.
Dans une lettre distincte, l’Association du barreau allemand (DAV) a également demandé sa libération immédiate, soulignant que son maintien en détention violait les droits humains fondamentaux.
Malgré ces appels et de multiples rapports médicaux, les autorités ont retardé sa libération jusqu’à fin octobre.
Geçtiğimiz günlerde gündeme getirdiğim 3. evre kanser hastası tutuklu Avukat Süleyman Yıldırım tahliye edildi.
Bakın ne hale düştükten sonra tahliye edilmiş. Tam 40 kiloya düşmüş!
Yıllardır diyorum ki kanser hastası cezaevinde tedavi olamaz. Kanser hastası cezaevinde yaşayamaz.… pic.twitter.com/Ij85MEsKRZ
— Av. Cemil Çiçek (@avcemilcicek90) October 29, 2025
L’avocat des droits humains Cemil Çiçek, qui avait alerté sur ce dossier, a partagé des photos de Yıldırım après sa libération : « Regardez dans quel état ils l’ont relâché, à 40 kilos. Cessez d’emprisonner des cancéreux en phase terminale. »

Yıldırım, 56 ans, était détenu à la prison de type T de Denizli depuis le 27 juillet, arrêté alors qu’il était hospitalisé. Pendant deux mois, il n’a reçu aucun soin en détention selon ses avocats. Le 6 septembre, son état s’est aggravé : opéré du cœur à l’hôpital d’État de Denizli, il a subi un caillot sanguin et l’amputation de sa jambe gauche. Les médecins ont suspecté un cancer pulmonaire.
L’équipe médicale a attesté que Yıldırım « ne pouvait rester incarcéré » ni « se déplacer pour des examens ». L’ATK d’Istanbul a pourtant exigé sa présence physique pour examiner sa demande de libération.
La loi n°5275 prévoit la suspension de peine pour les détenus gravement malades ne représentant pas de danger sociétal. Cette disposition reste souvent lettre morte.
Père de cinq enfants, Yıldırım exerçait à Denizli depuis 1991. Arrêté après le putsch raté de juillet 2016, il a écopé de six ans de prison pour des liens supposés avec le mouvement Gülen – notamment l’utilisation de ByLock, des comptes à la Bank Asya et la scolarisation de ses enfants dans des établissements fermés par décret-loi.
Le président Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 l’impliquant personnellement. Après avoir qualifié le mouvement d’ »Organisation terroriste » en mai 2016, la répression s’est intensifiée suite au putsch de juillet 2016 – que le mouvement Gülen a toujours nié avoir orchestré.
Les autorités turques considèrent désormais comme preuves d’ »appartenance à une organisation terroriste » des éléments anodins : compte à la Bank Asya, utilisation de ByLock, ou abonnement à des médias affiliés au mouvement Gülen.
Yıldırım avait déjà purgé 10 mois avant un premier relâchement. Sa condamnation ayant été confirmée en appel, il a été réincarcéré le 27 juillet.
L’Association des droits humains (İHD) recense plus de 1 400 détenus malades en Turquie, dont des centaines dans un état critique. Les retards de soins et les rapports médicaux biaisés sont systématiques.
Selon les chiffres du ministère de la Justice, 709 décès en détention ont été enregistrés sur les onze premiers mois de 2024.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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