(ARCHIVES) Le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu participe à une manifestation de ses partisans devant la municipalité métropolitaine d'Istanbul le 15 décembre 2022, après qu'un tribunal turc l'a condamné à plus de deux ans de prison et l'a interdit de politique avant l'élection présidentielle de l'année suivante. Le challenger de l'opposition turque Ekrem Imamoglu est jugé le 9 mars 2026 pour corruption, ce qui rend de plus en plus improbable sa participation à la prochaine élection, selon les analystes. Mais son parti insiste sur le fait qu'il reste viable malgré la pression judiciaire croissante. (Photo par Yasin AKGUL / AFP)
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Un an après l’arrestation d’İmamoğlu, l’opposition turque face à l’incertitude alors que le procès débute

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Par Bosphorama

Publié le

Un an après l’emprisonnement du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, la principale opposition turque entre dans une nouvelle phase d’incertitude alors que le politicien, largement perçu comme le principal rival du président Recep Tayyip Erdoğan, est jugé dans une affaire de corruption à grande échelle.

La première audience est prévue lundi au tribunal de Silivri, dans la périphérie ouest d’Istanbul. Les procureurs demandent un total de 2 430 ans de prison pour İmamoğlu, l’accusant d’avoir dirigé un réseau criminel lié à des allégations de corruption au sein de la municipalité métropolitaine d’Istanbul.

İmamoğlu, 54 ans, a été arrêté en mars 2025 le jour même où le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition, l’a officiellement désigné comme candidat à la présidentielle, une décision qualifiée par les critiques de tentative pour l’écarter de la scène politique avant les prochaines élections.

Les analystes estiment que cette affaire réduit encore les chances d’İmamoğlu de se présenter à la prochaine présidentielle. Même s’il est acquitté dans ce procès pour corruption, il fait face à une autre menace juridique concernant la validité de son diplôme universitaire, obligatoire pour les candidats à la présidence selon la constitution turque.

« Les chances qu’İmamoğlu revienne en politique avant une élection présidentielle sont nulles », a déclaré Halil Karaveli, chercheur principal à l’Institut Caucase-Asie centrale, à l’Agence France-Presse.

« Même dans le cas très improbable où il serait acquitté dans ce procès, il reste le problème de son diplôme universitaire qui pourrait être révoqué, ce qui bien sûr le disqualifierait », a-t-il ajouté.

La détention d’İmamoğlu a marqué un tournant dans une répression plus large contre le CHP, intensifiée après la victoire du parti face au Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir lors des élections locales de mars 2024 et le maintien de son contrôle sur des grandes villes comme Istanbul et Ankara.

Depuis lors, plusieurs maires et responsables municipaux du CHP ont fait l’objet d’enquêtes, d’arrestations et de peines de prison. Selon le rapport, 15 maires du CHP sont actuellement derrière les barreaux.

Burhanettin Bulut, haut responsable du CHP, a déclaré que le gouvernement avait répondu à la victoire de l’opposition aux élections locales en utilisant les tribunaux pour affaiblir les élus.

« Beaucoup de nos municipalités ont été soumises à des opérations politiques illégales, et nos maires et collègues élus ont été emprisonnés, ignorant la volonté du peuple », a déclaré Bulut à l’AFP.

Il a ajouté que l’audience du 9 mars impliquant İmamoğlu et 407 autres accusés serait un test majeur pour la démocratie et le système judiciaire turcs.

« Pour nous, il ne s’agit pas seulement de défendre un maire, mais de préserver la volonté des électeurs et de protéger l’État de droit », a déclaré Bulut.

Le CHP prévoit d’installer une tente devant le tribunal de Silivri en signe de solidarité lors de l’ouverture du procès. Le tribunal est situé à côté du complexe pénitentiaire où İmamoğlu est détenu depuis près d’un an.

Human Rights Watch a qualifié ces poursuites de motivées politiquement. Dans un communiqué, Benjamin Ward, directeur adjoint pour l’Europe et l’Asie centrale de l’organisation, a déclaré que cette affaire soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’indépendance judiciaire et au respect des procédures.

« Le procès du maire İmamoğlu fait suite à plus d’un an d’instrumentalisation du système judiciaire pénal contre son parti et d’autres élus du CHP, alors qu’il croupit en prison », a déclaré Ward.

« Il est difficile d’éviter la conclusion que les procureurs tentent d’écarter İmamoğlu de la scène politique et de discréditer son parti d’une manière qui sape la démocratie. »

Le CHP continue de soutenir publiquement İmamoğlu comme candidat, mais les responsables du parti ont également laissé entendre qu’ils se rallieraient à un autre nom si les obstacles juridiques rendaient sa candidature impossible.

Bulut a déclaré que le parti agirait avec unité si les circonstances l’obligeaient à choisir quelqu’un d’autre.

« Si des obstacles juridiques ou politiques surviennent, nous agirons d’un commun accord, en rassemblant les segments les plus larges de la société et en déterminant le nom qui bénéficiera du plus grand soutien de la nation », a-t-il déclaré.

Les observateurs politiques estiment que le président du CHP, Özgür Özel, serait l’alternative la plus probable si İmamoğlu est empêché de se présenter.

Karaveli a déclaré qu’Özel s’était imposé comme une figure publique plus forte au cours de l’année écoulée et pourrait devenir le choix naturel du parti dans ce scénario.

Le scénario politique le plus discuté à Ankara est celui d’élections anticipées à l’automne 2027, ce qui pourrait ouvrir la voie à Erdoğan pour briguer un nouveau mandat.

© Agence France-Presse

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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