Un caricaturiste turc libéré sous contrôle judiciaire après des mois de détention provisoire
Un tribunal turc a ordonné la libération sous contrôle judiciaire du caricaturiste du magazine satirique LeMan, Doğan Pehlevan, dans une affaire qui le maintenait derrière les barreaux depuis juillet pour « insulte au président », a rapporté le quotidien Cumhuriyet.
Pehlevan faisait partie des six membres du magazine incarcérés suite à une caricature parue dans l’édition du 26 juin de LeMan, jugée insultante pour les valeurs religieuses.
La caricature de LeMan montrait deux hommes nommés Muhammad et Moïse se saluant au-dessus d’une ville bombardée. Cette illustration a provoqué l’indignation des milieux religieux et conservateurs à Istanbul et a suscité des condamnations du président Recep Tayyip Erdoğan et de hauts responsables gouvernementaux.
Vendredi dernier, un tribunal d’Istanbul a ordonné la libération de Pehlevan dans l’attente de son procès pour « incitation à la haine et à l’hostilité », mais il est resté en détention dans le cadre d’une autre accusation d’insulte au président Erdoğan.
Il est à nouveau apparu devant un juge mardi, où les procureurs ont demandé sa libération sous contrôle judiciaire. Le tribunal a accédé à cette demande, lui permettant de quitter la prison.
Pehlevan encourt jusqu’à quatre ans et huit mois de prison dans l’affaire d’insulte en cours, qui découle de deux publications sur X qu’il a partagées en 2019 et 2024, selon Amnesty International.
Suite à la controverse en ligne fin juin, un groupe a attaqué le bureau d’Istanbul du magazine. Aucune mesure n’a été prise contre les agresseurs, mais les autorités ont ouvert une enquête contre le magazine.
Par ailleurs, un tribunal a ordonné la confiscation de l’édition du 26 juin de LeMan et a imposé une interdiction nationale d’accès au site web et au compte X du magazine.
Le magazine a déclaré que l’illustration était une critique politique des bombardements israéliens sur Gaza, et non une représentation de figures religieuses. Son personnel a vigoureusement nié tout lien entre l’illustration publiée dans le magazine et le prophète Mahomet de l’islam.
Le 2 juillet, Pehlevan, le rédacteur en chef Zafer Aknar, le graphiste Cebrail Okçu et le directeur commercial Ali Yavuz ont été arrêtés. Un mandat de détention a ensuite été émis contre le rédacteur en chef Aslan Özdemir, qui était à l’étranger.
Quatre des détenus, Aknar, Özdemir, Okçu et Yavuz, ont été libérés le 26 septembre. Pehlevan est resté emprisonné en raison de l’affaire d’insulte distincte.
Lors de l’audience du 14 novembre, Pehlevan a déclaré au tribunal par liaison vidéo qu’il n’avait pas l’intention d’inciter à l’hostilité avec la caricature. « Pendant cinq mois, mon enfant, ma femme, ma famille et moi avons été victimes », a-t-il déclaré, selon le groupe de défense des droits MLSA.
Les défenseurs de la liberté de la presse avertissent que cette affaire illustre un schéma plus large de répression contre les médias indépendants en Turquie, où les journalistes sont souvent poursuivis pour des reportages critiques ou de la satire.
La Turquie se classe 159e sur 180 pays dans l’Indice mondial de la liberté de la presse 2025, publié par Reporters sans frontières (RSF) en mai.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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