Un célèbre YouTubeur turc condamné à une peine de prison avec sursis pour des propos sur les réseaux sociaux
Un tribunal d’Istanbul a condamné le YouTubeur et réalisateur populaire İlker Canikligil à 26 mois de prison avec sursis pour des commentaires tenus lors d’un direct plus tôt cette année, a annoncé le réalisateur ce mardi.
Canikligil, fondateur de FLU TV sur YouTube, a été poursuivi pour des propos tenus en mars lors d’une diffusion où il critiquait ce qu’il a décrit comme l’électorat de « classe inférieure » en Turquie, faisant référence à l’« Ordre 66 », un commandement d’extermination issu de la saga « Star Wars ». Ses remarques ont provoqué un tollé immédiat.
En direct, Canikligil avait déclaré : « Je monte dans un taxi et un type de la classe inférieure me sourit en disant “Reis”… En réalité, il me dit : “Tu as étudié et réussi, mais c’est mon gars qui te dominera.”… Et qu’a-t-il obtenu pour toi ? Tu es toujours chauffeur de taxi… La seule chose que je veux dire : exécutez l’Ordre 66. »
Le terme « Reis », utilisé pour le président Recep Tayyip Erdoğan, est une forme d’adresse informelle mais largement répandue signifiant « le chef » ou « le capitaine », étroitement associée à sa carrière politique.
Canikligil a ensuite posté sur X, exhortant ses followers à ignorer les critiques et affirmant que « l’islam politique devrait être marginalisé et progressivement éliminé ».
Suite à la polémique, le parquet d’Istanbul a ouvert une enquête pour « incitation publique au crime » et « provocation à la haine et à l’hostilité parmi le peuple ».
Canikligil a été interpellé et arrêté le 26 mars, passant six semaines en détention provisoire avant d’être libéré sous contrôle judiciaire le 7 mai.
Lors de sa défense, il a assuré au tribunal que ses propos relevaient de l’ironie et de l’humour, sans « aucune autre intention ». Il a nié avoir appelé à la violence.
« Ces phrases étaient purement ironiques et satiriques ; je n’avais aucune autre intention. Ce n’était en aucun cas un appel au meurtre de masse », a-t-il déclaré. « Si incitation il y a, ce sont les articles sur moi qui en sont responsables. Je suis attristé et en colère que mes mots aient été déformés. Je rejette les accusations et demande ma libération et mon acquittement. »
Il a annoncé le verdict ce mardi sur X : « J’ai écopé de 26 mois de prison. Le sursis a été appliqué. Que la patrie vive longtemps. »
Le sursis signifie que la condamnation n’apparaîtra pas dans son casier judiciaire s’il ne commet pas d’infraction similaire pendant sa période probatoire.
Interrogé par le site Diken, Canikligil a précisé que le verdict comprenait deux peines distinctes (18 mois et 8 mois) en raison de plusieurs publications incluses dans l’acte d’accusation.
FLU TV met fin à son contenu politique
FLU TV, la chaîne média indépendante fondée par Canikligil en 2019 sur YouTube, s’était fait connaître par ses interviews approfondies, documentaires et analyses culturelles s’adressant à un public jeune et politisé.
Avec plus de 960 000 abonnés, la plateforme, réputée pour ses débats ouverts avec journalistes, universitaires et personnalités publiques, se présentait comme une alternative aux médias traditionnels turcs sous contrôle.
Après l’arrestation de Canikligil, FLU TV a annoncé la fin de ses programmes politiques, invoquant la pression judiciaire croissante et l’espace réduit pour l’expression critique.
Deux jours après sa libération, Canikligil est apparu sur FLU TV pour justifier cette décision.
« Nous sommes coincés. Vous jouez aux échecs, mais l’autre camp change les règles à sa guise », a-t-il expliqué. « Les définitions des crimes sont trop floues… Certains attendent de nous une résistance, mais il est inutile de jouer une partie qu’on ne peut pas gagner. »
Ce procès s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur les voix critiques en Turquie, où journalistes, universitaires et commentateurs en ligne font face à une surveillance judiciaire renforcée.
Les organisations de droits humains accusent le gouvernement turc d’utiliser fréquemment les lois sur l’incitation, l’insulte et la diffamation pour réduire au silence les dissidents.
Le rapport 2025 de Freedom House sur la liberté en ligne classe la Turquie parmi les cinq pays où le déclin de cette liberté est le plus marqué, citant une censure généralisée et un contrôle numérique accru ces 15 dernières années. Le pays a obtenu un score de 31 sur 100, le reléguant parmi les pires des 72 pays évalués.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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