Ahmet Turan Alkan
Turquie•3 min de lecture

Un chroniqueur turc emprisonné lors de la purge post-coup d’État meurt à 72 ans

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Par Bosphorama

Publié le

Ahmet Turan Alkan, chroniqueur et politologue turc de renom, emprisonné près de deux ans pour ses écrits durant la répression médiatique post-coup d’État en Turquie, est décédé mercredi à l’âge de 72 ans dans la province de Bursa, a rapporté le Stockholm Center for Freedom.

Alkan comptait parmi les dizaines de journalistes pris pour cible après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, alors que les autorités turques lançaient une vaste répression contre les médias. Arrêté le 27 juillet puis placé en détention provisoire le 31 juillet pour des accusations liées au terrorisme, ses chroniques publiées dans le désormais disparu quotidien Zaman avaient été retenues comme preuves. Le journal, placé sous tutelle de l’État, avait ensuite été fermé par un décret-loi en raison de sa prétendue affiliation au mouvement Gülen, une communauté religieuse.

Après la tentative de coup d’État, le président Recep Tayyip Erdoğan avait immédiatement accusé le mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur Fethullah Gülen basé aux États-Unis, d’avoir orchestré le complot, intensifiant considérablement la répression déjà en cours contre ses sympathisants.

La campagne d’Erdoğan contre le mouvement avait débuté après que les enquêtes pour corruption de décembre 2013 avaient impliqué sa famille et son cercle proche – qu’il avait qualifiées de complot – avant de classer officiellement le mouvement comme « organisation terroriste » en mai 2016. Le mouvement Gülen nie fermement toute implication dans la tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.

Alkan était resté derrière les barreaux pendant 709 jours avant son premier verdict, période durant laquelle il avait continuellement rejeté les accusations, affirmant que son procès criminalisait l’opinion dissidente plutôt qu’aucun acte violent.

Le 6 juillet 2018, après 23 mois de détention, le 13e tribunal pénal d’Istanbul l’avait condamné à près de neuf ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste ». Acquitté des charges liées à la tentative de coup d’État, il avait été libéré en attente d’appel.

Sa condamnation avait été confirmée en appel en 2019 avant d’être annulée deux ans plus tard par la Cour de cassation, jugant l’affaire insuffisamment instruite.

Lors d’un nouveau procès conclu en novembre 2022, Alkan avait été condamné à deux ans et demi de prison pour « aide à une organisation terroriste armée » sans en être membre, et libéré pour peine déjà purgée.

Lors de sa dernière comparution, Alkan avait livré une défense véhémente, qualifiant les accusations de politiquement motivées : « Tout le monde sait que ces allégations sont des prétextes », avait-il déclaré au tribunal. « Je suis ici à cause de ce que j’ai écrit sur les enquêtes de corruption du 17-25 décembre. Il n’y a aucune preuve contre moi. »

Il avait décrit sa détention comme une vengeance politique, refusant de s’excuser pour ses opinions : « Je ne lècherai pas le couteau qui me tranche la gorge… n’attendez pas d’excuses de ma part. »

Né à Sivas en 1954, Alkan avait intégré la faculté de sciences politiques d’Ankara en 1972. Maître de conférences à l’université Cumhuriyet jusqu’en 2008, il avait commencé sa carrière journalistique en 1974, devenant une voix influente du quotidien Zaman pendant plus de vingt ans.

Depuis l’état d’urgence décrété le 20 juillet 2016, près de 200 médias ont été fermés par décret-loi, principalement des organes affiliés au mouvement Gülen, ainsi que des médias pro-kurdes et d’extrême gauche.

Selon le groupe de surveillance Expression Interrupted, 28 journalistes sont actuellement emprisonnés en Turquie. Le pays occupe le 159e rang sur 180 dans l’Index 2025 de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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