Des personnes portant les cercueils des victimes de l'attaque d'Uludere.
Turquie•3 min de lecture

Un ex-commandant de l’armée de l’air affirme connaître l’identité de l’auteur de la frappe d’Uludere en 2011 qui a tué 34 civils

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Par Bosphorama

Publié le

Le général à la retraite Akın Öztürk, ancien commandant des forces aériennes turques actuellement rejugé pour avoir prétendument dirigé une tentative de coup d’État en 2016, a déclaré cette semaine devant un tribunal d’Ankara qu’il connaissait l’identité du responsable ayant autorisé la frappe aérienne d’Uludere en 2011 où 34 villageois kurdes ont péri, mais qu’il révélerait le nom « le moment venu ».

La Turquie a survécu à une tentative de putsch avortée en 2016 qui a fait plus de 250 morts et un millier de blessés. Immédiatement après cet échec, le gouvernement et le président Recep Tayyip Erdoğan ont accusé le mouvement Gülen, d’inspiration religieuse. Le mouvement dénie fermement toute implication dans cette tentative de coup d’État.

Feu l’érudit islamique Fethullah Gülen, dont les idées ont inspiré le mouvement, a été désigné comme principal suspect dans l’acte d’accusation du coup d’État, tandis qu’Öztürk figurait comme second suspect.

La déclaration d’Öztürk est intervenue lors de deux jours d’audience au tribunal de la prison de Sincan lundi et mardi, où le procès du coup d’État est rejugé suite à un renvoi partiel par la Cour suprême d’appel. Âgé de 71 ans, il purge déjà plusieurs peines de prison à perpétuité pour ce que les procureurs décrivent comme son rôle de chef du putsch. Il rejette ces accusations et affirme avoir suivi les ordres du chef d’état-major de l’époque, Hulusi Akar, durant la nuit du 15 juillet 2016.

Les faits d’Uludere

La frappe aérienne évoquée par Öztürk a eu lieu le 28 décembre 2011 près du village d’Ortasu, dans le district d’Uludere (province de Şırnak). Deux F-16 turcs ont ciblé un convoi de mules transfrontalier que l’armée a pris pour une colonne d’infiltration du PKK. L’attaque a tué 34 hommes et adolescents, pour la plupart des lycéens qui faisaient du trafic de carburant, cigarettes et sucre entre l’Irak et la Turquie.

L’état-major turc a reconnu les morts civiles le lendemain matin, invoquant des renseignements indiquant un mouvement probable du PKK. Les enquêtes ultérieures du parlement, du procureur militaire et de la Cour constitutionnelle n’ont abouti à aucun procès de commandants. Les familles des victimes ont refusé les compensations de l’État, qualifiées de « prix du sang », et ont porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme. La Cour de Strasbourg a jugé la requête irrecevable en 2014, estimant que les recours internes n’étaient pas épuisés.

Lors de l’audience de mardi, Öztürk a évoqué les reportages tentant de le lier à Uludere depuis son arrestation en 2016. Il a rappelé qu’en décembre 2011, il était général trois étoiles commandant des unités de formation aérienne à İzmir, loin de la frontière irakienne. Il ne commandait alors aucun escadron armé et n’avait aucun rôle dans les opérations en temps réel.

« Uludere ne relevait pas de mon autorité », a-t-il déclaré. « Je sais qui a donné l’ordre, mais pas maintenant ; je le dirai le moment venu. »

Öztürk a fait référence aux journaux d’opérations quotidiens de l’armée de l’air, affirmant qu’ils consignent à la fois l’ordre officiel et l’objection d’un autre haut commandant.

Lors des bombardements de 2011, le ministre turc de la Défense était İsmet Yılmaz et le ministre de l’Intérieur İdris Naim Şahin. Le chef d’état-major de l’époque, Necdet Özel, a clos l’enquête officielle concluant à une « erreur d’identification ». Yaşar Güler, actuel ministre de la Défense dans le gouvernement d’Erdoğan, dirigeait alors les renseignements de l’état-major.

Öztürk a évoqué Uludere pour argumenter que l’état-major turc cherchait un bouc émissaire après la nuit du coup d’État. Il accuse certains généraux de l’avoir « désigné comme sacrifice » pour protéger leurs carrières et relations avec l’AKP. Les mêmes officiers supérieurs auraient « rejeté la faute » d’Uludere sur des subordonnés en 2011.

Il a particulièrement visé Akar (député AKP), le ministre Güler et l’ex-chef des forces aériennes Abidin Ünal, les accusant de « tout faire reposer sur mes épaules ». Öztürk a demandé leur comparution, offrant de renoncer à toute plainte sur ses neuf ans de détention si Akar et Güler « venaient dire la vérité ».

Les avocats d’Öztürk ont demandé au tribunal criminel d’Ankara de citer Akar, Güler, Ünal et six autres hauts responsables comme témoins, et d’intégrer des images de surveillance et de suivi aérien. Le juge a refusé. La défense a alors demandé la récusation du panel, invoquant une violation du droit à contre-interrogatoire et une opinion de l’ONU de 2024 qualifiant la détention d’arbitraire.

Le tribunal a rejeté la demande. Le procès est ajourné au 17 septembre pour d’autres témoignages de la défense. Öztürk reste incarcéré à Sincan.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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