Le journaliste Ufuk Şanlı
Turquie•3 min de lecture

Un journaliste turc emprisonné entame une grève de la faim pour dénoncer les pratiques illégales du procureur

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Par Bosphorama

Publié le

Le journaliste turc Ufuk Şanlı a entamé une grève de la faim pour protester contre ce qu’il qualifie de « pratiques illégales » du procureur, a rapporté le Stockholm Center for Freedom, citant le site d’information TR724.

Şanlı a été arrêté le 11 juillet sous l’accusation d’avoir servi d’indicateur pour Cevheri Güven, un journaliste d’investigation en exil dont les vidéos sur YouTube dénonçant la corruption du gouvernement turc et ses relations opaques attirent des centaines de milliers de vues.

Le journaliste avait déjà purgé une peine de sept ans et six mois de prison pour des accusations de terrorisme en raison de ses liens présumés avec le mouvement Gülen, une communauté religieuse. Il avait été libéré sous conditions en 2021.

Şanlı travaillait auparavant pour le quotidien Zaman, fermé par le gouvernement turc après la tentative de coup d’État de 2016 dans le cadre de la répression contre le mouvement Gülen. Après ce putsch avorté, les autorités turques ont fermé plus de 180 médias et poursuivi des centaines de journalistes pour leurs liens supposés avec le mouvement.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur musulman Fehullah Gülen, depuis que des enquêtes pour corruption révélées en 2013 ont impliqué l’ex-premier ministre Erdoğan ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle proche.

Qualifiant ces enquêtes de « coup d’État » et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a commencé à s’en prendre aux membres du mouvement. Il l’a désigné comme une « organisation terroriste » en mai 2016, avant d’intensifier la répression après le coup d’État manqué de juillet de la même année – qu’il a attribué au mouvement Gülen. Ce dernier nie fermement toute implication dans cette tentative de putsch ou dans des activités terroristes.

Dans une lettre du 20 août au journaliste Ahmet Dönmez, Şanlı a affirmé qu’il poursuivrait sa grève de la faim jusqu’à la rédaction de son acte d’accusation. Il a rappelé avoir attendu six mois pour un acte d’accusation et huit mois supplémentaires pour son procès après sa première arrestation en 2016.

Şanlı accuse les procureurs d’avoir ruiné sa vie avec des « rapports de renseignement infondés » et dénonce des « personnages sans honneur se faisant passer pour des journalistes » qui collaboreraient avec les services secrets pour cibler des innocents. Il a nommément cité le procureur adjoint Can Tuncay, le procureur Burak Güner et des membres d’OdaTV, un site d’information pro-gouvernemental et ultranationaliste, les qualifiant de « bourreaux de la dignité ».

Şanlı a également révélé avoir préparé un testament envoyé à un ami journaliste en Allemagne, à remettre à PEN International, au correspondant de Die Welt Deniz Yücel et au Washington Post en cas de malheur.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a à plusieurs reprises condamné la Turquie pour la détention de journalistes sans preuves suffisantes. Mais les autorités continuent d’utiliser des lois antiterroristes et des accusations vagues d’« appartenance à une organisation terroriste » ou de « propagande » pour museler les critiques.

Expression Interrupted, un groupe de surveillance de la liberté de la presse, rapporte que 32 journalistes sont toujours emprisonnés en Turquie. Au premier trimestre 2025, les tribunaux turcs ont jugé 157 journalistes dans 90 affaires distinctes. Durant cette période, 25 journalistes ont été arrêtés et 50 placés en garde à vue.

Selon le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières, la Turquie se classe 159e sur 180 pays, ce qui en fait l’un des environnements les plus répressifs pour le journalisme indépendant en Europe.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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