Un journaliste turc frappé d’une interdiction de voyager après une enquête sur une prétendue violation de signatures électroniques
Le journaliste turc Tolga Şardan a été frappé d’une interdiction de voyager suite à une plainte pénale déposée par l’Autorité des technologies de l’information et de la communication (BTK) concernant une enquête affirmant que la base de données du régulateur contenant les identifiants de tous les détenteurs de signatures électroniques en Turquie avait été piratée.
Şardan a déclaré dans son article publié mardi qu’il avait été conduit au palais de justice d’Ankara sous escorte policière vendredi dernier après avoir été transporté à l’hôpital pour un examen médical. Suite à son audition, les procureurs ont demandé au tribunal d’imposer une interdiction de voyager, ce que les juges ont approuvé.
Le 5 septembre, les révélations de Şardan avaient affirmé que toutes les informations relatives aux signatures électroniques stockées dans une base de données centrale gérée par la BTK avaient été compromises et qu’aucun utilisateur ayant effectué des transactions avec sa signature électronique ne pouvait se considérer en sécurité. La BTK a immédiatement démenti ces allégations, les qualifiant d’infondées, et a annoncé avoir déposé une plainte pénale contre lui.
Le journaliste a déclaré avoir maintenu lors de son audition qu’il garantissait l’exactitude des informations contenues dans son article malgré le démenti de l’agence.
Cette affaire s’ajoute à ce que les experts décrivent comme l’une des violations les plus graves des infrastructures numériques turques ces dernières années. Les procureurs ont inculpé 220 suspects, accusant un réseau de 35 personnes d’avoir obtenu et cloné les signatures électroniques de fonctionnaires pour accéder aux systèmes gouvernementaux. Avec ces identifiants, le groupe aurait produit des documents d’État apparemment valides, allant des diplômes et permis de conduire aux registres d’identité et contrats publics.
Les experts avertissent que les signatures électroniques en Turquie ont la même valeur légale que les signatures manuscrites et peuvent autoriser des dépenses publiques, des appels d’offres, des nominations de personnel, des directives politiques et des voyages à l’étranger.
Ce développement, qui illustre les risques encourus par les journalistes enquêtant sur ce scandale, intervient dans un contexte de détérioration de la liberté de la presse en Turquie. Selon le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières, le pays se classe 159e sur 180, ce qui en fait l’un des environnements les plus répressifs pour le journalisme indépendant en Europe. Les défenseurs des droits affirment que l’utilisation d’accusations telles que « désinformation » et « menace contre le président » est devenue un outil courant pour réduire au silence les voix dissidentes.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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