Un maire d’arrondissement d’Istanbul parmi 44 interpellés dans une opération visant une municipalité dirigée par l’opposition principale
Hasan Mutlu, maire de l’arrondissement de Bayrampaşa à Istanbul, a été interpellé samedi avec 43 employés municipaux dans le cadre d’une enquête pour corruption, marquant l’escalade d’une répression d’un an contre les municipalités gérées par le principal parti d’opposition turc.
Le procureur général d’Istanbul a indiqué avoir ordonné l’interpellation de 47 personnes pour détournement de fonds, extorsion, corruption active et passive, ainsi que pour trucage d’appels d’offres.
Les procureurs ont précisé que des perquisitions avaient été menées dans 72 domiciles et lieux de travail liés à l’enquête, les enquêteurs recherchant des preuves d’irrégularités présumées dans les marchés publics et l’attribution de contrats par la municipalité.
Cette opération s’inscrit dans une série d’enquêtes et d’interpellations visant depuis un an les municipalités dirigées par le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition. Cette vague d’actions a notamment conduit à l’interpellation puis l’incarcération du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu et d’autres figures municipales de premier plan plus tôt cette année – des mesures qualifiées de « politiquement motivées » par l’opposition.
Burhanettin Bulut, vice-président du CHP, a dénoncé cette dernière opération comme « non pas une enquête mais une tentative de saper la volonté du peuple », affirmant que son parti défendrait « les urnes et la démocratie ».
Le député CHP Veli Ağbaba a estimé que la destitution de maires élus et les raids matinaux dans les municipalités constituaient « une trahison de la démocratie et du vote ».
Ali Mahir Başarır, vice-président du groupe CHP, a fustigé l’instrumentalisation récurrente des forces de l’ordre pour écarter des élus, y voyant « une déclaration de guerre à la volonté populaire » que les électeurs rejetteront dans les urnes.
Les accusations des procureurs reprennent celles avancées dans d’autres enquêtes municipales, centrées sur les marchés publics, les appels d’offres et des soupçons de pots-de-vin.
Cette offensive intervient après une décision judiciaire la semaine dernière destituant la direction stambouliote du CHP et 196 délégués, remplacés par une administration intérimaire.
Gürsel Tekin, vétéran du CHP nommé par la justice pour diriger la section d’Istanbul, a pris ses fonctions lundi sous escorte policière renforcée. Quelque 5 000 policiers ont encerclé le siège pour contenir la résistance des militants. Les partisans du CHP accusent Tekin de collusion avec le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir pour avoir accepté ce poste.
Un tribunal d’Ankara doit statuer lundi sur la validité du congrès interne 2023 du CHP, avec une annulation du vote et une destitution de la direction actuelle largement anticipées.
Juristes, figures de l’opposition, analystes politiques et observateurs internationaux alertent qu’une telle décision scellerait la fin effective du peu qui reste de la démocratie multipartite en Turquie.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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