Un nouveau projet de loi judiciaire en Turquie permettrait des retraits rapides en ligne sans ordonnance judiciaire
Le gouvernement turc a introduit un nouveau projet de loi qui permettrait de supprimer des contenus en ligne avant qu’un juge ne rende une décision.
Cette proposition fait partie d’un projet de loi omnibus connu sous le nom de 11e Paquet Judiciaire et a été soumis au Parlement turc par le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. Il modifie la Loi n°5651, qui régit les publications en ligne. Les mêmes dispositions de cette loi avaient auparavant été annulées par la Cour constitutionnelle pour violation des protections de la liberté de la presse dans la Constitution turque.
Le projet de loi permet à des individus d’affirmer qu’une publication ou un article porte atteinte à leurs droits personnels et de demander à un tribunal pénal de paix, une juridiction inférieure qui traite des ordonnances de contenu, de supprimer le matériel. Selon les nouvelles dispositions, les autorités peuvent ordonner le retrait du contenu sans attendre la décision du juge si les responsables estiment que la violation est « évidente à première vue ». Une ordonnance formelle du juge peut ensuite suivre dans les 24 heures. Les critiques affirment que l’expression « évidente à première vue » n’a pas de définition précise dans le droit turc et pourrait permettre aux agences étatiques de faire pression sur les éditeurs en ligne.
Le paquet cible également les grandes entreprises de médias sociaux basées hors de Turquie. Toute plateforme recevant plus de 10 millions de visites quotidiennes depuis le pays pourrait voir son trafic internet limité si elle ne se conforme pas à une ordonnance judiciaire de suppression de contenu. Les tribunaux pourraient réduire de moitié la vitesse de connexion de la plateforme, puis jusqu’à 90% si l’entreprise n’exécute pas l’ordre, ce qui rendrait le site quasiment inaccessible en Turquie.
La proposition réécrit les règles antérieures sur la suppression ou le blocage de contenu en ajoutant un nouveau concept appelé « retrait d’internet », qui permet aux autorités d’exiger que le matériel contesté soit supprimé de tous les emplacements en ligne. Le projet de loi permet également à l’Autorité des technologies de l’information et de la communication (BTK), le régulateur des télécommunications turc, de notifier les hébergeurs sur cette base.
Les députés de l’opposition et les groupes de défense de la liberté de la presse affirment que ce projet de loi donne au gouvernement un contrôle rapide et étendu sur l’information en ligne et pourrait être utilisé contre les médias indépendants.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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