Un responsable du barreau d’Istanbul exige la fin des refus arbitraires de libération conditionnelle et des abus de détention provisoire face à la surpopulation carcérale
Hürrem Sönmez, secrétaire générale du barreau d’Istanbul, a appelé à mettre fin aux refus arbitraires de libération conditionnelle et aux abus de détention provisoire, alors que la population carcérale turque a septuplé sous le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, a rapporté mercredi le site d’information Bianet.
Selon les données compilées par l’Association de la société civile dans le système pénal (CISST), les 402 prisons turques, d’une capacité officielle de 304 964 places, abritent désormais 420 904 détenus, soit un taux d’occupation de 138 %. Parmi eux, 357 646 ont été condamnés et 63 258 sont en détention provisoire. Les détenus comprennent 19 290 femmes, 4 561 mineurs dont 187 filles et 14 276 ressortissants étrangers.
Les données montrent que 6 543 détenus âgés de 65 ans et plus se trouvent dans les prisons turques, tandis que 434 enfants de 0 à 3 ans et 388 de 4 à 6 ans grandissent également derrière les barreaux avec leurs mères.
Le nombre total de détenus a augmenté de 0,4 % au cours du dernier mois et de 4,4 % au cours des six derniers mois. Sönmez a attribué cette hausse à l’utilisation généralisée de la détention provisoire comme punition et aux décisions arbitraires des commissions administratives qui maintiennent en détention des prisonniers éligibles à la libération conditionnelle, des pratiques qu’elle a qualifiées de directement liées aux politiques du gouvernement AKP.
« Le fait de considérer les critiques à l’égard du gouvernement, qui devraient être considérées comme une expression de la liberté d’opinion, comme des infractions pénales et de maintenir des personnes en détention provisoire pour de tels actes, affecte la capacité carcérale », a-t-elle déclaré.
Sönmez a indiqué qu’une autre raison de la surpopulation est que les tribunaux, qui devraient interpréter la loi en faveur des suspects, ordonnent souvent la détention provisoire. « Dans notre système juridique, la détention provisoire est l’exception ; la liberté et le procès sans détention sont la règle. Mais en Turquie, cette logique a été inversée ces dernières années », a-t-elle ajouté.
Elle a déclaré que la surpopulation carcérale entraîne des violations croissantes des droits, notamment des heures de visite réduites en raison du manque de personnel et un accès limité aux avocats en raison d’installations inadéquates.
Sönmez a exhorté le gouvernement à « mettre fin aux détentions arbitraires, assurer une application correcte des lois sur la libération conditionnelle et cesser de refuser la libération aux détenus éligibles. » Elle a souligné que la détention provisoire devrait servir de mesure préventive plutôt que de punition, ajoutant que la santé physique et mentale des détenus relève de la responsabilité de l’État selon le droit national et international.
Selon les données du ministère de la Justice publiées en septembre en réponse à une question du défenseur des droits humains et député du Parti démocratique des peuples (DEM Party) Ömer Faruk Gergerlioğlu, au moins 68 détenus se sont suicidés en 2024. Les problèmes systémiques dans les prisons – notamment l’accès limité aux soins de santé, les cellules surpeuplées, les prisons de type « puits » et les fouilles à nu – aggravent la santé physique et mentale des détenus, selon Gergerlioğlu.
La prison de type « puits » est un modèle particulier de prison à haute sécurité en Turquie, caractérisé par une architecture et des règles extrêmement restrictives.
Le budget turc pour 2025 alloue 18,5 milliards de livres turques (440 millions de dollars) aux dépenses carcérales, soit une augmentation de 30 % par rapport aux 14,2 milliards de livres (338 millions de dollars) en 2024. Le ministère de la Justice emploie 63 214 personnes dans le système pénitentiaire.
Pour faire face à la surpopulation, le gouvernement prévoit de construire 11 nouvelles prisons d’ici 2027 pour un coût estimé à 23,5 milliards de livres (559 millions de dollars). Le budget 2025 comprend 1,2 milliard de livres (28 millions de dollars) pour la construction.
La population carcérale actuelle reflète les arrestations en cours lors des manifestations contre l’emprisonnement du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, principal rival politique du président turc Recep Tayyip Erdoğan, ainsi qu’une répression continue contre le mouvement Gülen, inspiré par le regretté érudit turco-islamique Fethullah Gülen, et les personnes associées à la lutte politique kurde pour la reconnaissance.
Au cours de la dernière décennie, Gülen et son mouvement, autrefois salués par le gouvernement turc pour leurs activités dans l’éducation et le dialogue interreligieux et interculturel, ont fait face à diverses accusations du gouvernement, notamment d’avoir orchestré des enquêtes pour corruption en 2013 et une tentative de coup d’État en 2016.
Gülen, qui vivait aux États-Unis depuis 1999, est décédé dans un hôpital de Pennsylvanie le 20 octobre à l’âge de 83 ans.
Le gouvernement turc a qualifié Gülen et son mouvement d’ »organisation terroriste » en mai 2016.
Gülen et ses sympathisants ont fermement nié toute implication dans le coup d’État ou toute activité terroriste, mais font l’objet d’une répression sévère depuis dix ans.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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