Un rival d’Erdoğan emprisonné promet de mener la « renaissance démocratique » de la Turquie dans une tribune pour The Economist
Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul emprisonné et principal candidat de l’opposition à la présidence turque, affirme vouloir « mener la renaissance démocratique de [son] pays » dans une tribune publiée jeudi par The Economist.
Écrit depuis sa cellule, le texte dénonce l’autoritarisme croissant du président Recep Tayyip Erdoğan, qui menace selon lui la paix intérieure et le prestige international du pays.
Intitulée « L’avenir de la Turquie », cette contribution paraît dans la prestigieuse rubrique By Invitation du magazine britannique. Elle expose la vision d’İmamoğlu pour résoudre le conflit kurde vieux de plusieurs décennies, restaurer les institutions démocratiques et stabiliser la politique étrangère.
İmamoğlu, 54 ans, s’est imposé sur la scène politique en tant que membre du Parti républicain du peuple (CHP) après sa victoire surprise aux municipales d’Istanbul en 2019 face au parti au pouvoir. L’annulation du scrutin par les autorités électorales – suivie d’une réélection avec une marge accrue – puis son maintien en 2024 ont fait de lui un symbole. Son parti a alors réalisé son meilleur score en près d’un demi-siècle.
Considéré comme le principal rival d’Erdoğan, il incarne l’unité de l’opposition et la résistance démocratique depuis son arrestation en mars, alors qu’il s’apprêtait à être investi candidat du CHP à la présidentielle. Les accusations de corruption pesant contre lui sont qualifiées de « motivations politiques » par ses soutiens.
Son incarcération a provoqué des manifestations massives et des condamnations internationales. Malgré sa détention, İmamoğlu reste le candidat officiel du CHP pour la prochaine présidentielle (prévue en 2028 mais susceptible d’être avancée), continuant à s’exprimer via tribunes et réseaux sociaux.
Feuille de route pour la paix et les réformes
Dans sa tribune, İmamoğlu présente le désarmement récent du PKK comme une opportunité historique, tout en dénonçant la dérive autoritaire du gouvernement qui compromettrait une résolution durable du conflit.
« En juillet, une trentaine de membres du PKK ont déposé les armes lors d’une cérémonie symbolique dans le nord de l’Irak », écrit-il, évoquant le début du processus de dissolution du groupe. « Ce désarmement doit être salué comme une chance de briser un cycle de violence qui entrave notre système politique, notre économie et notre cohésion sociale. »
Il critique des négociations menées « sans transparence ni contrôle parlementaire », soulignant la proposition du CHP de créer une commission parlementaire pour garantir un processus inclusif. Celle-ci s’est réunie pour la première fois le 5 août, mais İmamoğlu met en garde contre un échec sans participation élargie.
« Beaucoup redoutent que l’agenda sécuritaire du gouvernement ne domine les débats. Nous y participons précisément pour imposer les questions de démocratisation et de cohésion sociale », insiste-t-il.
« La paix exige de la légitimité, pas de la répression »
L’article lie explicitement toute perspective de paix avec la population kurde à une réforme démocratique globale. İmamoğlu détaille quatre piliers : citoyenneté égale, participation démocratique, justice et réforme institutionnelle. Il dénonce l’érosion des institutions sous « des années de pouvoir personnel ».
« Une paix durable est impossible dans un système miné par le partisanisme et le recul démocratique », affirme-t-il.
Il évoque aussi son propre cas comme symbole de la politisation de la justice. Une des accusations – « aide à une organisation terroriste », sans lien avec son arrestation – repose sur la présence supposée de personnes ayant des liens indirects avec des plateformes pro-kurdes sur des listes municipales du CHP… pourtant validées par le Conseil électoral suprême.
« Dans le même temps, un gouvernement qui prétend vouloir la paix révoque systématiquement des élus kurdes pour les remplacer par des administrateurs nommés », dénonce-t-il.
Conséquences internationales
İmamoğlu avertit que l’affaiblissement démocratique de la Turquie nuit aussi à sa politique étrangère, critiquant les revirements d’Erdoğan dictés selon lui par des calculs internes.
« Notre diplomatie incohérente, réactive et politicienne, manque de crédibilité. Les bouleversements régionaux, notamment en Syrie, offrent pourtant une chance de jouer un rôle constructif… à condition de fonder notre action sur la justice et l’inclusion », analyse-t-il.
Il estime qu’un retour à la légitimité démocratique pourrait relancer le processus d’adhésion à l’UE : « Par sa position géographique, son histoire et son héritage démocratique, la Turquie a vocation à être un acteur stabilisateur. »
Appel aux électeurs et à la communauté internationale
La tribune se conclut par un plaidoyer pour une Turquie démocratique comme gage de fiabilité internationale.
« Pour être une puissance régionale responsable, nous devons restaurer l’intégrité de nos institutions. Seule une Turquie démocratique peut être un partenaire crédible dans un monde instable », écrit İmamoğlu.
Il réaffirme sa candidature présidentielle et promet un gouvernement « ancré dans la légitimité et l’État de droit », engagé dans des « relations internationales claires et déterminées ».
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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