Un scandale de fraude qui s’étend révèle des abus massifs de prescriptions et des falsifications d’identité
De nouvelles révélations dans deux affaires criminelles très médiatisées ont élargi la portée d’un récent scandale de falsification en Turquie, exposant des abus généralisés de prescriptions médicales et des fraudes d’identité qui révèlent des failles profondes dans l’infrastructure de sécurité numérique du pays.
Dans le premier cas, un réseau criminel a utilisé des dispositifs de signature électronique volés à des médecins et acheté des numéros d’identité de citoyens pour émettre plus de 1 300 fausses prescriptions de médicaments narcotiques, selon un rapport du site d’information Kısa Dalga. Une enquête du parquet de Karşıyaka dans la province occidentale d’İzmir révèle que plus de 500 000 comprimés ont été prescrits de cette manière, dont 300 000 ont été retirés dans des pharmacies de villes comme Antalya, İzmir et İstanbul pour être revendus sur le marché noir.
Parmi les suspects inculpés figurent six personnes, certaines avec des casiers judiciaires chargés. Un témoin repentant a décrit comment les signatures électroniques volées étaient combinées à des numéros d’identité achetés pour générer des prescriptions, ensuite validées par des appels aux pharmacies voisines. Les médicaments étaient soit retirés directement, soit les prescriptions revendues à des tiers.
Les témoignages ont aussi révélé que certains médecins prescrivaient volontairement contre de l’argent et que les suspects organisaient des livraisons par fret ou coursier. Malgré l’ampleur de l’opération, certaines figures clés ont été libérées sous contrôle judiciaire.
Dans le second cas, des fonctionnaires des directions de l’état civil auraient vendu des données d’identité de citoyens turcs à des étrangers, permettant l’émission de faux papiers d’identité et passeports, selon un rapport du quotidien BirGün mercredi. Ce scandale, centré dans la province méridionale de Kilis, a déclenché une enquête fin 2021 lorsque deux ressortissants ouzbeks ont été arrêtés en tentant d’enregistrer des données biométriques.
Les enquêtes ont révélé que des fonctionnaires avaient remplacé les empreintes digitales et photos dans le système national sans modifier les numéros d’identité originaux. Une Syrienne aurait payé 25 000$ pour obtenir une carte d’identité turque avec les coordonnées d’une autre personne. Au moins 22 passeports et 8 cartes d’identité auraient été émis ainsi.
Malgré la gravité des accusations, la plupart des suspects, y compris des hauts fonctionnaires, sont jugés sans détention préventive. Une décision ministérielle a aussi bloqué les poursuites contre Hüseyin Ayvacı, ancien directeur provincial de l’état civil à Kilis.
Ces révélations surviennent après un récent scandale national concernant une prétendue fraude numérique ayant infiltré les bases de données de l’e-gouvernement pour créer ou modifier des documents académiques et officiels, aboutissant à deux mises en accusation contre 199 personnes. Ce cas, qui a suscité une vive attention publique, aurait ciblé les identifiants de hauts fonctionnaires et exposé des failles dans les institutions publiques. Aucun responsable gouvernemental n’a démissionné à ce jour.
Les scandales ont aussi ravivé les controverses sur les diplômes académiques du président Recep Tayyip Erdoğan.
Les critiques soulignent qu’aucun relevé de notes ou document original n’a été rendu public, malgré les affirmations répétées d’Erdoğan et de l’Université de Marmara sur l’authenticité du diplôme.
La branche jeunesse du CHP dénonce le gouvernement sur les scandales de documents falsifiés
Ces révélations, après des affaires antérieures impliquant de faux diplômes pour obtenir des postes gouvernementaux, ont accru la méfiance du public.
Mercredi, des membres de la branche jeunesse du Parti républicain du peuple (CHP) à Eskişehir ont organisé une protestation satirique en distribuant de faux diplômes pour dénoncer ces scandales.

« Nous distribuons aujourd’hui des diplômes universitaires gratuitement. Pas besoin de payer 10 000$ ou 50 000$ », a déclaré Oğuzhan Demir, président de la jeunesse du CHP à Eskişehir, faisant référence aux scandales précédents.
« Ce gouvernement a complètement sapé la confiance dans la fonction publique. Beaucoup de jeunes renoncent désormais aux études universitaires », a-t-il ajouté.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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