Un tribunal d’Istanbul acquitte 87 personnes accusées d’avoir protesté après la détention d’İmamoğlu
Un tribunal turc a acquitté vendredi 87 personnes jugées pour avoir participé aux manifestations déclenchées après l’arrestation du maire populaire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, le 19 mars, a rapporté l’agence Anka. Aucun accusé ne reste désormais en procès dans cette affaire.
Les prévenus étaient poursuivis pour violation de la loi turque sur les rassemblements et manifestations, un délit passible de peines de prison de six mois à trois ans. L’affaire a été jugée par le 62e tribunal pénal de première instance d’Istanbul.
İmamoğlu, considéré comme le rival politique le plus redoutable du président Recep Tayyip Erdoğan, est une figure majeure du Parti républicain du peuple (CHP, opposition) et son candidat à la prochaine élection présidentielle. Il a été placé en détention provisoire le 23 mars dans ce que les critiques décrivent comme une enquête pour corruption motivée politiquement.
L’arrestation d’İmamoğlu a provoqué des protestations massives, des milliers de personnes s’étant rassemblées devant l’hôtel de ville d’Istanbul à Saraçhane à l’appel du CHP. Le rassemblement a rapidement dégénéré en affrontements nocturnes avec les forces de l’ordre et s’est étendu à tout le pays, marquant la pire agitation urbaine en Turquie depuis plus d’une décennie.
Près de 2 000 personnes ont été interpellées, parmi lesquelles de nombreux étudiants ainsi que plusieurs journalistes. Des dizaines ont été inculpées et certaines sont restées en détention provisoire pendant des semaines ou des mois.
Lors de l’audience de vendredi, le procureur a demandé l’acquittement des accusés, estimant que leurs actions relevaient de la liberté d’expression, de réunion et de manifestation et qu’aucun élément criminel n’était présent. Le tribunal a suivi cette recommandation et a innocenté tous les prévenus.
Les familles des accusés ont salué ce verdict.
« Une fois encore, la justice et la jeunesse ont triomphé », a déclaré sur X l’association Velider de parents et d’étudiants.
Dans l’acte d’accusation, les manifestants étaient accusés d’avoir ignoré les sommations de dispersion et poursuivi ce que les autorités ont qualifié de rassemblement illégal, en violation de l’interdiction décrétée par la préfecture d’Istanbul.
Au total, 99 personnes avaient initialement été inculpées dans cette affaire, dont huit journalistes et quatre avocats, dont les dossiers avaient été séparés en avril.
Le même tribunal a acquitté jeudi ces 12 accusés, parmi lesquels les journalistes Bülent Kılıç, Kurtuluş Arı, Hayri Tunç, Gökhan Kam, Yasin Akgül, Ali Onur Tosun, Emre Orman et Zeynep Kuray, ainsi que les avocats Deniz Demirdöğen, Mine Erdost, Aziz Can Cengiz et Baran Nevcanoğlu.
Avec les acquittements de vendredi, plus aucun accusé n’est détenu dans le cadre des manifestations de Saraçhane.
Bien que les protestations nocturnes aient pris fin après une semaine, le CHP continue d’organiser des rassemblements à travers la Turquie, renforçant sa position dans les sondages.
Le CHP subit une répression sévère depuis plus d’un an, qui a conduit à l’arrestation de 16 maires du parti et de dizaines de responsables.
Le dirigeant du CHP Özgür Özel a dénoncé ces détentions comme politiquement motivées, affirmant qu’elles visaient à affaiblir la démocratie locale et à saper le contrôle de l’opposition dans les grandes villes.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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