Un tribunal turc condamne des journalistes pour un article sur le procureur d’Istanbul
Un tribunal turc a condamné trois journalistes des éditions imprimée et en ligne du journal BirGün pour un article concernant le procureur en chef d’Istanbul, accusés d’avoir insulté un fonctionnaire public, rapporte l’édition turque de Deutsche Welle ce mercredi.
Le 23e tribunal pénal d’Istanbul a condamné le directeur de publication de BirGün, İbrahim Aydın, à près de 12 mois de prison, peine ensuite convertie en une amende de 41 666 TL (992 $), tandis que le rédacteur en chef de birgun.net Yaşar Gökdemir et le journaliste Uğur Koç ont chacun écopé d’une amende de 35 400 TL (843 $). Le tribunal a également acquitté les trois journalistes du chef d’accusation de « cibler des personnes engagées dans la lutte antiterroriste ». Les interdictions de voyage imposées à Koç et Gökdemir ont également été levées.
Les journalistes risquaient jusqu’à cinq ans de prison pour avoir publié en février un article sur la visite d’un journaliste du pro-gouvernemental Sabah au procureur en chef d’Istanbul Akın Gürlek, une information déjà rendue publique par Sabah lui-même.
Koç, Gökdemir et le journaliste Berkant Gültekin, également employé par birgun.net, avaient été arrêtés à leur domicile le 8 février pour « cibler des personnes engagées dans la lutte antiterroriste » puis relâchés le lendemain. La première audience s’est tenue le 30 juin. Lors de la seconde audience le 22 septembre, le procureur avait requis des peines de deux à cinq ans de prison contre Koç, Gökdemir et Aydın.
Après l’audience, Koç a déclaré à DW que le tribunal avait ignoré leurs arguments de défense, qualifiant le verdict de « symptôme de la pression judiciaire contre la dissidence en Turquie ».
Il a ajouté que l’avis du procureur ne fournissait même pas de justification pour l’accusation retenue et a annoncé leur intention de faire appel.
Les articles ou commentaires sur le procureur en chef d’Istanbul ont déclenché plusieurs enquêtes cette année, notamment celle visant le puissant maire d’opposition d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, ainsi qu’une autre enquête fin 2023 contre le leader de l’opposition Özgür Özel, chef du Parti républicain du peuple (CHP).
İmamoğlu, arrêté le 19 mars puis incarcéré pour corruption dans une affaire qualifiée de politique par ses soutiens, a écopé de deux peines de prison, dont une pour avoir soi-disant insulté Gürlek. Les deux verdicts sont en appel, mais l’opposition dénonce des motivations politiques.
Gürlek, ancien juge connu pour ses décisions contre les critiques du gouvernement, est accusé par İmamoğlu et le CHP d’utiliser son autorité judiciaire pour cibler le parti sur ordre du président Recep Tayyip Erdoğan et de son gouvernement.
La Turquie, qui reste l’un des plus grands geôliers de journalistes au monde selon les organisations de défense de la liberté de la presse, est tombée à la 159e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières (RSF), publié début mai.
Les autorités turques utilisent fréquemment des lois antiterroristes larges et des accusations d’insulte pour poursuivre des membres de la presse.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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