L'ancien maire d'Esenyurt Ahmet Özer
Turquie•3 min de lecture

Un tribunal turc condamne un maire de l’opposition à une peine de prison pour « appartenance à une organisation terroriste »

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Par Bosphorama

Publié le

Un tribunal turc a condamné vendredi Ahmet Özer, maire du district d’Esenyurt à Istanbul issu du Parti républicain du peuple (CHP), principal formation d’opposition, à plus de six ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste », quelques mois après avoir ordonné sa libération dans l’attente de son procès, rapporte le Stockholm Center for Freedom, citant le quotidien Birgün.

Les procureurs accusent Özer d’appartenance au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe militant interdit classé comme « organisation terroriste » par la Turquie et ses alliés occidentaux, alors même que le gouvernement a récemment montré des signes d’ouverture vers des efforts visant à mettre fin à l’insurrection décennale du groupe.

L’affaire repose sur des allégations selon lesquelles le CHP et des acteurs politiques pro-kurdes auraient secrètement coordonné des candidatures dans certaines villes pour éviter de diviser l’électorat d’opposition – une approche que les procureurs qualifient de « consensus urbain » et présentent comme une coopération clandestine avec le PKK.

Özer a fermement rejeté ces accusations. Dans sa défense, il a affirmé que cette coordination supposée relevait d’une activité politique légale et qu’aucune preuve ne le liait au PKK.

Özer, un Kurde, a été arrêté le 30 octobre 2024 dans le cadre d’une vaste enquête sur la prétendue stratégie de « consensus urbain » et a passé plusieurs mois en détention provisoire avant d’être libéré en juillet 2025 dans l’attente de son procès.

Prenant la parole devant le tribunal avant le verdict, Özer a déclaré n’avoir jamais eu de lien avec une quelconque organisation militante et décrit ses mois en détention provisoire comme une épreuve personnelle difficile.

« J’ai passé ma vie entière à m’opposer à la violence et à défendre la coexistence pacifique », a-t-il déclaré.

L’avocat de la défense Hüseyin Ersöz a vivement critiqué le verdict, affirmant que l’affaire reposait sur des spéculations plutôt que sur des preuves tangibles. Il a accusé les procureurs de s’appuyer sur des citations tronquées attribuées à des figures du PKK pour étayer leur théorie selon laquelle le groupe aurait « infiltré » des municipalités via ce prétendu consensus urbain, soulignant l’absence de preuve d’un quelconque accord secret dirigé par cette « organisation terroriste ».

L’audience s’est tenue dans le complexe pénitentiaire de Marmara à Silivri, en présence de la famille d’Özer, de militants de base du CHP et de son dirigeant Özgür Özel.

La Turquie utilise fréquemment sa législation antiterroriste très large pour poursuivre des politiques, journalistes et militants, particulièrement dans des affaires impliquant des mouvements politiques kurdes. Les organisations de droits humains dénoncent une application souvent abusive criminalisant l’activité politique – ce que le gouvernement rejette catégoriquement.

Özer, professeur d’université, avait été élu maire d’Esenyurt en mars 2024 avec 49% des voix. Sa candidature était également soutenue par le Parti pour l’égalité et la démocratie du peuple (DEM), pro-kurde. Esenyurt est le district le plus densément peuplé de Turquie, avec près d’un million d’habitants.

Après l’arrestation d’Özer, le gouverneur adjoint d’Istanbul Can Aksoy a été nommé administrateur pour le remplacer. Cette destitution a provoqué des protestations et de vives critiques, l’opposition y voyant une violation du processus démocratique et une manœuvre politique.

Son parti, le CHP, subit une pression judiciaire croissante depuis plusieurs mois.

Dans un rapport intitulé « La justice contre les urnes : Anatomie d’un coup d’État » publié fin octobre 2025, le CHP dénonce une campagne gouvernementale d’un an ciblant systématiquement ses municipalités et maires.

Selon ce rapport, 16 maires du CHP sont actuellement emprisonnés, tandis que des administrateurs ont été nommés dans 13 municipalités à travers le pays. Le document recense des arrestations massives, des poursuites politiques et la mainmise sur des municipalités d’opposition après les élections de 2024. Il note également une recrudescence d’enquêtes pour corruption et « terrorisme » visant des élus du CHP depuis l’arrestation en mars 2025 du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu – présenté comme « l’exemple le plus visible de pression politique sur l’opposition ».

Le CHP affirme que le gouvernement instrumentalise de plus en plus la justice « comme une arme politique » pour contrer les victoires électorales de l’opposition. Évoquant des centaines d’arrestations dans neuf opérations visant la municipalité métropolitaine d’Istanbul entre mars et août 2025, le parti dénonce une violation des garanties constitutionnelles d’autonomie locale et de présomption d’innocence.

Les figures de l’opposition et les ONG dénoncent également des enquêtes utilisées pour intimider les municipalités d’opposition et renverser des résultats électoraux défavorables au Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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