Une journaliste condamnée avec sursis pour avoir publié un rapport d’expertise sur le meurtre d’un leader d’extrême-droite turc
Un tribunal turc a condamné mardi la journaliste Asuman Aranca à 10 mois de prison avec sursis pour avoir publié des détails d’un rapport d’expertise sur le meurtre controversé d’un leader d’extrême-droite turc, a rapporté le Stockholm Center for Freedom.
Le tribunal pénal d’instance d’Istanbul n°2 a reconnu Aranca coupable de « violation de la confidentialité » de l’enquête mais a prononcé un sursis, ce qui signifie qu’elle n’effectuera pas de peine de prison sauf si elle commet une infraction similaire dans les cinq prochaines années.
Sinan Ateş a été abattu à Ankara le 30 décembre 2022. Ce meurtre a suscité une vive polémique en raison de son rôle d’ancien dirigeant des Loups gris, l’aile paramilitaire du Parti du mouvement nationaliste (MHP), allié du président turc Recep Tayyip Erdoğan. L’affaire a été marquée par des accusations d’ingérence politique de figures du MHP d’extrême-droite, soupçonnées d’avoir orchestré le meurtre.
Le reportage d’Aranca, qui révélait que le meurtre d’Ateş avait été planifié des mois à l’avance et que son adresse avait été demandée par l’ancien président des Loups gris, avait reçu trois prix de journalisme.
Aranca et son avocat ont soutenu que le parquet n’avait pas autorité pour dicter la pratique du journalisme, soulignant que son travail ne violait pas la présomption d’innocence ni les limites de la liberté de la presse protégée par la Constitution turque. Son avocat a également noté qu’aucune plainte n’avait été déposée contre cette publication.
Le procès du meurtre d’Ateş est suivi de près par les partis d’opposition et les barreaux, qui estiment qu’il révèle les profondes défaillances du système judiciaire turc. Ils affirment que les enquêteurs ont protégé des hauts responsables du MHP, ignoré les liens avec le crime organisé et transformé l’affaire en monnaie d’échange politique dans l’alliance entre Erdoğan et le leader du MHP Devlet Bahçeli.
En octobre 2024, le tribunal a prononcé des peines de prison à perpétuité aggravée contre cinq hommes dont le tireur, tout en séparant les dossiers de l’avocat Serdar Öktem et d’un policier pour enquête complémentaire. Öktem, accusé d’avoir coordonné l’équipe basée à Istanbul qui a transporté le tireur avec des complices de la région d’Ankara, a été abattu à Istanbul le 6 octobre.
Selon Expression Interrupted, un groupe de surveillance de la liberté de la presse, 28 journalistes sont actuellement derrière les barreaux en Turquie. La dégradation du paysage médiatique du pays a été soulignée dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters Sans Frontières (RSF), où la Turquie se classe 159e sur 180 pays.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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