Victimes privées de justice pour l’attaque incendiaire de 1993 qui a tué 35 personnes lors d’un festival alévi en Turquie : la haute cour
Les points importants
- Décision historique : La Cour constitutionnelle turque condamne l'inaction de l'État dans l'enquête sur le massacre de Sivas de 1993.Justice tardive : Les familles des victimes ont attendu 12 ans avant que la haute cour n'examine leur requête, déposée en 2014.Pression de la CEDH : La saisine de la Cour européenne des droits de l'homme en juin 2024 a probablement accéléré ce verdict.
La Cour constitutionnelle turque a statué jeudi que l’État n’avait pas rendu justice dans l’affaire d’une attaque incendiaire commise par une foule en 1993, qui a tué 35 personnes dans un hôtel lors d’un festival en l’honneur d’un poète alévi.
La décision unanime a conclu à une violation du devoir de l’État d’enquêter sur les décès et intervient 12 ans après que les proches des victimes ont demandé à la Cour de réexaminer l’affaire.
La Cour a ordonné une indemnisation pour les proches des victimes. Son raisonnement écrit et les montants n’avaient pas été divulgués au moment de la publication.
La décision concernait la protection procédurale du droit à la vie, qui exige que l’État enquête efficacement sur les décès et traduise les responsables en justice.
Les proches ont déposé la requête individuelle en 2014, arguant que les procédures n’avaient pas été menées efficacement et que l’incendie criminel devait être traité comme un crime contre l’humanité, ce qui empêcherait l’application d’un délai de prescription.
La Cour a reporté son examen en 2021 et 2023. Une chambre a renvoyé la requête à l’Assemblée générale de la Cour en janvier 2024, et l’Assemblée a demandé un autre rapport sur le délai de prescription le mois suivant.
Zeynep Altıok, Eren Aysan et Mazlum Çimen, enfants de trois personnes tuées dans le massacre, ont saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en juin, arguant que l’attente de 12 ans avait rendu le recours interne turc inefficace. La décision de jeudi est intervenue environ un mois après cette saisine.
Le 2 juillet 1993, une foule a encerclé l’hôtel Madımak dans la province centrale de Sivas et y a mis le feu alors que des écrivains, poètes, musiciens et autres invités assistaient à un festival en l’honneur du poète alévi du XVIe siècle, Pir Sultan Abdal. L’incendie a tué 35 personnes à l’intérieur de l’hôtel, dont 33 participants au festival et deux employés de l’hôtel. Deux personnes de la foule sont également décédées.
L’attaque est devenue un symbole de la discrimination et de la violence subies par les Alévis, la plus grande minorité religieuse de Turquie. La Commission américaine pour la liberté religieuse internationale a décrit le massacre comme faisant partie de la persécution subie par la communauté.
Les tribunaux turcs ont condamné des dizaines de prévenus, et les peines de mort imposées à 33 personnes ont ensuite été converties en peines de réclusion à perpétuité aggravée après l’abolition de la peine capitale en Turquie. Les procédures impliquant des fugitifs se sont poursuivies pendant des années, mais les tribunaux ont abandonné les poursuites en raison de la prescription, renforçant les critiques selon lesquelles le processus judiciaire avait produit l’impunité.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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