X bloque l’accès au compte d’un important groupe LGBTQ+ turc
Le réseau social X a bloqué l’accès à KaosGL.org, le site d’information de l’une des plus anciennes organisations de défense des droits LGBTQ+ du pays, suite à une demande du gouvernement turque peu après l’interpellation de dizaines de personnes lors de la Marche des Fiertés Trans à Istanbul, a rapporté mardi le site d’information Bianet.
KaosGL.org, qui publie des contenus sur les questions LGBTQ+ en Turquie depuis plus de trois décennies, est une référence dans le domaine. Son compte X couvre régulièrement les violations des droits, les évolutions politiques et les événements communautaires, notamment les marches des fiertés et les procédures judiciaires impliquant des personnes LGBTQ+.

Selon Bianet, la plateforme a confirmé que son compte X vérifié, suivi par plus de 47 000 utilisateurs, avait été retiré de la vue publique en Turquie le 23 juin. L’entreprise américaine a indiqué que cette restriction faisait suite à une demande légale, bien que l’équipe éditoriale de KaosGL.org affirme n’avoir reçu aucune notification officielle.
Yıldız Tar, rédactrice en chef de KaosGL.org, a qualifié cette décision de « coup sévère porté à la liberté d’expression et à la liberté de la presse » dans des déclarations à Bianet. Tar a dénoncé une « mesure arbitraire », s’inscrivant selon elle dans une stratégie plus large du gouvernement turc pour censurer les médias et effacer la visibilité LGBTQ+ de l’espace public.
Tar a souligné que le timing de cette restriction n’était pas fortuit, y voyant une tentative de réduire au silence les voix LGBTQ+ pendant le Mois des Fiertés, célébré chaque juin en Turquie et dans le monde, période durant laquelle la communauté organise marches, protestations et diverses activités pour réclamer plus de droits et la fin des discriminations.
Le blocage est intervenu un jour seulement après l’interpellation d’au moins 46 personnes lors de la 11e Marche des Fiertés Trans à Istanbul, événement non autorisé par les autorités. Ces arrestations ont provoqué des condamnations d’organisations de défense des droits, dont Amnesty Turquie, qui a exigé la « libération immédiate et sans condition » des personnes interpellées. Les activistes ont finalement été relâchés dans la journée de lundi.
Tar a également rappelé que cette dernière mesure s’inscrit dans une tendance plus large de censure en ligne visant les groupes LGBTQ+ et féministes en Turquie, évoquant le blocage l’an dernier de KaosGL.org par l’Autorité des technologies de l’information et de la communication (BTK) pour les utilisateurs soumis au filtre « internet sûr ».
La rédactrice en chef a affirmé que malgré ces restrictions contraires aux libertés fondamentales, l’organisation restait déterminée à poursuivre ses activités éditoriales sans se laisser décourager par les obstacles.
Si l’homosexualité n’est pas illégale en Turquie, l’homophobie y reste très répandue. Le président Recep Tayyip Erdoğan et d’autres responsables du Parti de la justice et du développement (AKP) attaquent régulièrement les personnes LGBTQ+, les accusant de perversion et de saper les valeurs familiales.
La Turquie s’est classée 47e sur 49 pays en matière de droits des personnes LGBTQ+ dans l’édition 2025 du Rainbow Index publié en mai par l’Association internationale lesbienne, gay, bisexuelle, trans et intersexe (ILGA), qui place la Turquie parmi les cinq pires pays d’Europe pour les droits LGBTQ+.
Le gouvernement d’Erdoğan est régulièrement accusé d’étouffer la liberté d’expression. La Turquie, où la liberté sur internet n’a cessé de reculer ces dix dernières années, figure parmi les pays « non libres » en matière de libertés en ligne, selon un rapport publié en octobre par l’organisation américaine Freedom House.
Le blocage du compte de Kaos GL sur X s’inscrit dans un schéma plus large de soumission des plateformes à la répression croissante menée par Ankara contre toute dissidence.
Ces derniers mois, X a en effet obtempéré à des décisions de justice turques visant à bloquer l’accès à des centaines de comptes, y compris ceux de journalistes, d’activistes et d’organisations médiatiques.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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