Le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias AFP
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La Grèce prévient que la vente de F-35 à la Turquie pourrait déstabiliser la Méditerranée orientale

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Par Bosphorama

Publié le

Les points importants

  • Avertissement d’Athènes : Le ministre grec de la Défense s’oppose fermement à la vente de F-35 à la Turquie, évoquant un risque pour la stabilité régionale.
  • Contexte géopolitique : La Turquie, exclue du programme F-35 après l’achat du système russe S-400, espère un retour grâce à une promesse de Donald Trump.
  • Tensions persistantes : La Grèce et la Turquie restent en désaccord sur les frontières maritimes et l’espace aérien, et Athènes craint un déséquilibre militaire en mer Égée.

Le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias, a déclaré jeudi qu’Athènes s’opposerait à toute décision américaine de vendre des avions de chasse F-35 à la Turquie, avertissant qu’une telle décision risquait de compromettre la stabilité en Méditerranée orientale, à moins que des garanties claires ne soient apportées, selon des médias grecs.

« Soyons honnêtes. La Grèce n’est pas satisfaite de voir la Turquie recevoir le F-35, la Grèce n’est pas satisfaite de voir la Turquie recevoir des moteurs pour un avion de nouvelle génération », a déclaré Dendias lors d’une conférence de l’Economist à Athènes.

Il a précisé que la Grèce ne cherchait pas à dicter la politique américaine de vente d’armes, mais souhaitait que Washington réfléchisse à l’opportunité de donner à la Turquie accès à cet avion de combat avancé, au regard des intérêts des États-Unis.

« Notre approche générale est la suivante : nous ne jugeons pas ce que les États-Unis d’Amérique font ni à qui ils vendent. C’est l’affaire du gouvernement américain », a expliqué Dendias. « Nous posons simplement une question : est-ce dans l’intérêt réel des États-Unis, oui ou non ? »

Dendias a souligné que l’unité de l’OTAN et la stabilité en Méditerranée orientale devaient être au cœur des calculs de Washington.

« Donner une plateforme à un pays de la Méditerranée orientale sans la clause précisant qu’elle ne peut être utilisée contre un autre membre allié, est-ce dans l’intérêt des États-Unis ou non ? », a-t-il demandé.

Ses déclarations font suite aux propos du président américain Donald Trump, qui a suggéré lors du sommet de l’OTAN à Ankara cette semaine que Washington pourrait lever les sanctions imposées à la Turquie pour l’achat du système de défense antimissile russe S-400, une étape qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles discussions sur les F-35.

La Turquie a été exclue du programme F-35 en 2019 après avoir acquis les S-400 auprès de la Russie. Washington estimait que le système russe pouvait compromettre la sécurité de cet avion de cinquième génération.

Ce différend a également conduit à des sanctions en vertu de la loi américaine CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act), ciblant l’agence turque d’approvisionnement en matériel de défense et plusieurs responsables.

Le Congrès américain a imposé des restrictions au retour de la Turquie dans le programme F-35, arguant que les S-400 représentent un risque de sécurité pour l’avion et pour l’OTAN.

Le ministère turc de la Défense s’est félicité des propos de Trump jeudi, déclarant qu’Ankara s’attendait à la levée des sanctions CAATSA et de « toutes les restrictions ouvertes ou cachées » pesant sur son industrie de défense.

« La Turquie, en tant qu’allié fort et efficace de l’OTAN, continue d’apporter des contributions importantes à la dissuasion de l’Alliance et à la sécurité commune », a déclaré le ministère.

Il a ajouté que les sanctions et restrictions étaient « incompatibles avec l’esprit d’alliance » et qu’Ankara privilégiait la « confiance mutuelle et la solidarité » entre alliés.

Répondant aux objections grecques, le ministère a déclaré : « Nous rappelons une fois de plus que les forces armées turques ne constituent une menace pour personne qui ne leur pose pas de menace. »

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a également exprimé cette semaine son inquiétude quant à une possible vente de F-35 à la Turquie, tout en évitant de commenter directement les propos de Trump.

S’exprimant lors du sommet de l’OTAN à Ankara, Mitsotakis a déclaré que l’unité de l’Alliance dépendait du respect du droit international et de la prise en compte des préoccupations sécuritaires de tous les membres.

Il a également évoqué la menace persistante de la Turquie de considérer toute extension grecque de ses eaux territoriales en mer Égée à 12 milles nautiques comme un casus belli.

Athènes affirme qu’une telle extension est son droit en vertu du droit international.

Le président Recep Tayyip Erdoğan a rejeté les critiques de Mitsotakis et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s’est également opposé à une éventuelle vente américaine de F-35 à la Turquie.

« Ces deux déclarations n’ont pas leur place dans mon univers », a déclaré Erdoğan aux journalistes après le sommet de l’OTAN mercredi.

Il a affirmé que Mitsotakis « n’aurait pas dû commettre une telle erreur », ajoutant que la Turquie ne s’était pas opposée aux propres achats de défense de la Grèce.

« Avons-nous jamais dit à M. Mitsotakis : “Pourquoi achetez-vous ces systèmes de défense pour la Grèce ?” », a demandé Erdoğan. « C’est notre voisin. Nous aurions pu dire de telles choses, mais il n’y a pas besoin. Il peut acheter et vendre. »

« La Turquie a le droit d’acheter ces systèmes tout comme de les produire », a ajouté Erdoğan.

Erdoğan a déclaré mercredi que Trump avait fait à la Turquie « une promesse » concernant les F-35 et qu’Ankara attendait une « décision favorable ».

La Grèce et la Turquie, toutes deux membres de l’OTAN, sont depuis longtemps en conflit au sujet des frontières maritimes, de l’espace aérien, de l’exploration énergétique et de l’île divisée de Chypre. Bien qu’elles aient maintenu un dialogue ces dernières années, Athènes reste préoccupée par le fait que cet avion américain de pointe pourrait modifier l’équilibre des pouvoirs en mer Égée et en Méditerranée orientale.

La Grèce a déjà avancé dans l’acquisition de ses propres F-35. Les États-Unis ont approuvé la vente de jusqu’à 40 avions de chasse F-35 à la Grèce en 2024, dans le cadre des efforts d’Athènes pour moderniser ses forces armées.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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