L’envoyé commercial britannique en Turquie démissionne après une visite controversée en République turque de Chypre du Nord autoproclamée
Afzal Khan, député travailliste britannique et envoyé commercial du Royaume-Uni en Turquie, a démissionné après qu’une visite privée dans la République turque de Chypre du Nord autoproclamée ait provoqué la condamnation du gouvernement chypriote et des critiques à Londres.
Khan, qui représente la circonscription de Manchester Rusholme au parlement, s’est rendu dans le nord de l’île le 8 août, où il a rencontré le dirigeant chypriote turc Ersin Tatar et reçu un diplôme honorifique. Il a déclaré que ce voyage était personnel et autofinancé, mais son rôle d’envoyé commercial a rendu la visite politiquement sensible.
Chypre est divisée depuis 1974, lorsque la Turquie est intervenue suite à un coup d’État à Nicosia soutenu par la junte militaire alors au pouvoir en Grèce. En 1983, les autorités chypriotes turques ont déclaré leur indépendance sous le nom de République turque de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par la Turquie. La communauté internationale, y compris le Royaume-Uni, considère la République de Chypre comme le seul gouvernement légitime de l’île.
De ce fait, les visites de responsables étrangers auprès de l’administration chypriote turque sont perçues comme accordant une légitimité à une entité que le Royaume-Uni ne reconnaît pas. Le Royaume-Uni, qui est l’une des puissances garantes de Chypre en vertu des traités internationaux, a toujours soutenu la République de Chypre et évite tout contact officiel avec les autorités chypriotes turques.
La visite de Khan a immédiatement suscité des critiques du gouvernement chypriote, qui l’a qualifiée d’« illégale et provocatrice ». Le timing, quelques semaines après l’anniversaire de l’intervention de 1974, a amplifié l’indignation. Les groupes communautaires chypriotes grecs au Royaume-Uni ont également dénoncé ce voyage, estimant qu’il sapait la politique britannique de longue date.
À Londres, des figures de l’opposition ont fait pression sur le gouvernement du Premier ministre Keir Starmer pour qu’il agisse. Les critiques ont affirmé que les actions de Khan étaient incompatibles avec son rôle d’envoyé et risquaient de nuire à la position diplomatique du Royaume-Uni.
Khan s’est défendu en déclarant qu’il s’y était rendu pour des raisons familiales et pour assister à une cérémonie universitaire, mais a reconnu que la controverse rendait sa position intenable. « Je ne veux pas que cette affaire détourne l’attention du travail important visant à renforcer les relations commerciales », a-t-il écrit dans sa lettre de démission.
Chypre a salué la démission. Son ministère des Affaires étrangères a déclaré que cet épisode montrait qu’il n’y avait « aucune place pour la tolérance » envers les tentatives de crédibiliser l’administration séparatiste du nord.
Le dirigeant chypriote turc Tatar a réagi vivement aux critiques. Il a déclaré avoir invité Khan et décrit son accueil à Chypre comme un honneur. Tatar a condamné les critiques de la République de Chypre et d’autres groupes comme « intolérantes », les qualifiant de partie intégrante d’une politique de longue date visant à isoler les Chypriotes turcs de la vie internationale. Il a soutenu que les attaques contre Khan étaient « non seulement dirigées contre notre invité, mais aussi une insulte inacceptable à l’honneur et à la volonté du peuple chypriote turc ».
Tatar a affirmé que cette réaction montrait pourquoi il était irréaliste d’attendre l’égalité de la part des dirigeants chypriotes grecs et a réitéré sa position selon laquelle la communauté chypriote turque méritait une reconnaissance sur la base de « deux États sur l’île, une souveraineté égale et un statut international équivalent ».
Ce différend intervient dans un contexte de sensibilité persistante autour de la division non résolue de l’île. Des décennies de pourparlers de paix médiés par les Nations unies n’ont pas abouti à un règlement, laissant Chypre divisée entre la République de Chypre internationalement reconnue au sud et les autorités chypriotes turques au nord.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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