Les co-rapporteurs du PACE mettent en garde contre un « point de bascule » pour l’État de droit en Turquie après leur visite
Les co-rapporteurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (PACE) ont averti que la Turquie atteint un « point de bascule » concernant ses standards démocratiques, exprimant de graves inquiétudes sur la politisation de la justice, la répression des figures d’opposition et les violations systémiques des droits, suite à une mission d’enquête plus tôt ce mois-ci.
Lord David Blencathra du Royaume-Uni et Stefan Schennach d’Autriche, qui ont visité Ankara et Istanbul entre le 10 et le 13 juin, ont déclaré dans un communiqué publié lundi qu’ils étaient « consternés » par l’usage continu de la détention provisoire contre les opposants politiques et le remplacement des maires d’opposition élus par des administrateurs nommés par l’État.
« Nous sommes non seulement gravement préoccupés par les violations des droits humains, mais aussi par le fait que l’ensemble de l’État de droit est menacé », ont déclaré les rapporteurs, soulignant que la Turquie doit restaurer l’indépendance judiciaire, réduire les pouvoirs présidentiels et garantir une pleine responsabilité devant le parlement.
Les rapporteurs ont rencontré des hauts responsables de l’exécutif, de la justice et du parlement ainsi que des représentants de la société civile et du corps diplomatique. Ils ont également visité la prison de Silivri à Istanbul, où ils ont rencontré le maire emprisonné Ekrem İmamoğlu et le leader de la société civile Osman Kavala, ainsi que la prison de Kandıra à Kocaeli, où ils se sont entretenus avec l’ancienne co-présidente du Parti démocratique des peuples (HDP) Figen Yüksekdağ.
La délégation a réitéré ses appels de longue date pour que la Turquie applique les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), citant spécifiquement les cas de Kavala et des anciens co-présidents du HDP Selahattin Demirtaş et Yüksekdağ, tous détenus depuis plus de huit ans.
« L’exécution des jugements de la Cour de Strasbourg n’est pas optionnelle : c’est une obligation légale », ont déclaré les rapporteurs.
Ils ont également évoqué les récents développements concernant l’emprisonnement politiquement motivé d’İmamoğlu, en référence à la Résolution 2597 de l’assemblée adoptée en avril, qui demandait sa libération immédiate, la réhabilitation de son diplôme universitaire et l’abandon des charges contre les manifestants qui l’avaient soutenu plus tôt cette année.
Le communiqué a condamné ce qu’il décrit comme des « mesures d’intimidation » contre les manifestants, pour la plupart des étudiants, et a appelé les autorités turques à libérer ceux détenus en lien avec les protestations de mars et avril.
Dans une note séparée, les co-rapporteurs ont salué les récents développements dans le processus de paix kurde suite à l’appel du 27 février d’Abdullah Öcalan pour que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dépose les armes et la déclaration du groupe du 12 mai annonçant sa dissolution. « Nous espérons que ces annonces seront rapidement suivies de mesures concrètes », ont-ils déclaré, appelant à un nouvel engagement politique pour une paix durable.
La visite incluait des rencontres avec les vice-ministres de la justice et de l’intérieur, des membres de la délégation turque au PACE, des juges de la Cour constitutionnelle et de la Cour de cassation, le procureur général et le médiateur du pays.
Les co-rapporteurs devraient présenter un rapport complet au Comité de suivi du PACE plus tard cette année, ce qui pourrait influencer d’autres actions du Conseil de l’Europe concernant le non-respect persistant par la Turquie des arrêts de la CEDH.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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