L’Iran affirme avoir contrecarré un projet de corridor terrestre reliant l’Azerbaïdjan à la Turquie via l’Arménie
Le principal conseiller en politique étrangère iranien a déclaré que Téhéran a bloqué avec succès un projet de corridor terrestre qui aurait relié l’Azerbaïdjan à la Turquie via la province arménienne de Syunik, avertissant que ce projet présentait des risques sécuritaires majeurs et menaçait d’isoler l’Iran des axes régionaux stratégiques.
Dans une interview du 10 juin à l’agence Tasnim, Ali Akbar Velayati, conseiller de l’ayatollah Ali Khamenei, a qualifié ce tracé – baptisé « corridor de Zangezur » – de « manœuvre géopolitique déguisée en projet de transport », visant à affaiblir la position régionale de l’Iran.
Velayati a affirmé que ce corridor risquait de couper l’accès terrestre de l’Iran vers l’Europe et de modifier l’équilibre régional au détriment de Téhéran. Il a ajouté que les autorités iraniennes avaient agi rapidement pour contrer ce qu’il décrit comme une stratégie plus large visant à isoler l’Iran et à encercler la Russie par le sud.
Il a également prétendu que l’ancien président américain Joe Biden avait reconnu la viabilité infrastructurelle et politique du corridor, bien qu’aucune déclaration publique en ce sens n’ait été enregistrée.
Le projet de corridor de Zangezur est né après la guerre du Haut-Karabakh de 2020. L’article 9 du cessez-le-feu négocié par la Russie prévoyait la réouverture des axes de transport régionaux, y compris entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan.
Si Bakou interprète cette clause comme soutenant un corridor dédié, Erevan maintient qu’elle ne concerne que des routes de transit classiques, avec des infrastructures restant sous souveraineté arménienne.
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian rejette le concept de corridor, insistant pour que tout projet s’effectue sous pleine juridiction arménienne. La Turquie, quant à elle, continue de soutenir le plan. Le président Recep Tayyip Erdoğan y voit un maillon clé de la connectivité régionale.
Lors d’un sommet bilatéral en 2023 à Nakhitchevan avec son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliyev, Erdoğan a évoqué des tracés alternatifs via l’Iran si l’Arménie bloquait l’accès. La déclaration commune de Chouchi (2021) avait déjà défini les objectifs infrastructurels stratégiques des deux pays.
L’Iran met régulièrement en garde contre ce corridor qui menacerait son unique liaison terrestre avec l’Arménie – son seul accès direct au Caucase et à l’Europe. Téhéran s’inquiète aussi du rapprochement turco-azerbaïdjanais, évoquant des répercussions potentielles sur sa propre population azerbaïdjanaise au nord.
Velayati a souligné que la présence continue de l’Iran dans la région était vitale pour prévenir les ingérences étrangères et préserver les équilibres sécuritaires existants.
Malgré son opposition au corridor, l’Iran renforce ses liens énergétiques avec l’Arménie. Le ministre arménien de l’Administration territoriale David Khoudatian a récemment annoncé l’avancée d’une ligne électrique à haute tension longtemps retardée entre les deux pays.
Les travaux sont achevés à 80%, avec une mise en service complète prévue pour 2026. Cette troisième interconnexion triplera la capacité d’échange électrique actuelle (passant de 350 à 1200 mégawatts).
Selon des sources gouvernementales, ce réseau élargi optimisera le programme d’échange gaz-contre-électricité et consolidera la coopération énergétique bilatérale.
Alors que l’Iran présente le corridor de Zangezur comme une menace directe à sa sécurité nationale, l’Azerbaïdjan et la Turquie le promeuvent comme un axe stratégique pour le commerce. L’avenir du projet dépendra in fine des dynamiques diplomatiques régionales et des intérêts des puissances extérieures investies dans le Caucase du Sud.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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