Trump affirme qu’Erdoğan a libéré le pasteur américain après un appel, mais l’affaire Brunson reste ouverte en Turquie
Les points importants
- Procédure toujours active : Le pasteur Brunson reste sous le coup d'une procédure judiciaire en Turquie, six ans après sa condamnation pour avoir aidé le mouvement Gülen, une accusation sans fondement.
- Crise diplomatique majeure : L'affaire a provoqué une grave tension entre Washington et Ankara, contribuant à la chute de la livre turque.
- Instrumentalisation de la justice : Opposants et défenseurs des droits y voient un exemple de l'influence du régime Erdoğan sur les tribunaux.
L’affaire pénale du pasteur américain Andrew Brunson reste pendante devant la plus haute cour d’appel de Turquie près de six ans après qu’un tribunal régional a confirmé sa condamnation, alors même que le président américain Donald Trump a de nouveau cité cette affaire lors du sommet de l’OTAN à Ankara comme preuve de ses liens avec le président Recep Tayyip Erdoğan.
Trump, s’exprimant après des rencontres à Ankara, a évoqué la détention de Brunson et affirmé avoir appelé Erdoğan pour obtenir la libération du pasteur sans rien payer. Trump a également qualifié Brunson de héros évangélique.
Brunson, pasteur originaire de Caroline du Nord qui vivait en Turquie avec son épouse depuis 1993, dirigeait l’Église de la Résurrection d’Izmir lorsqu’il a été arrêté au lendemain du putsch manqué de juillet 2016. Les procureurs turcs l’ont accusé d’avoir aidé le mouvement Gülen, fondé sur la foi, et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit. Il a nié les charges et affirmé que son travail en Turquie était religieux, et non politique.
Le mouvement Gülen, inspiré par les idées du défunt religieux turc Fethullah Gülen, a été désigné comme une Organisation terroriste par le gouvernement turc en mai 2016, une désignation non reconnue par les États-Unis, l’Union européenne ni les grandes instances internationales.
Le gouvernement accuse le mouvement d’avoir orchestré le putsch manqué de juillet 2016. Gülen, décédé en 2024, et ses partisans ont fermement nié toute implication.
Une affaire toujours ouverte
La 2e Haute Cour pénale d’Izmir a condamné Brunson le 12 octobre 2018 pour aide à une Organisation terroriste sans en être membre, et l’a condamné à plus de trois ans de prison. La cour ne l’a pas condamné pour espionnage et a levé sa résidence surveillée et son interdiction de voyager le même jour, lui permettant de quitter la Turquie après le temps déjà purgé.
Les avocats de Brunson et le parquet ont fait appel. La Cour régionale de justice d’Izmir a confirmé la décision le 9 janvier 2020, renvoyant l’affaire devant la Cour de cassation, la plus haute cour d’appel de Turquie. Le dossier reste devant la 3e Chambre pénale de la Cour, qui n’a pas rendu de décision définitive, a rapporté jeudi l’édition turque de Deutsche Welle.
Cela signifie que l’affaire Brunson n’est pas formellement close selon le droit turc, malgré son départ et le règlement politique qui a mis fin à la crise diplomatique.
Brunson a également porté son affaire devant la Cour constitutionnelle. La cour a rejeté une partie de sa demande pour des raisons de délais et a jugé irrecevables ses plaintes concernant la résidence surveillée et l’interdiction de voyager.
Un différend qui a frappé la livre
L’affaire Brunson est devenue l’un des différends les plus aigus entre Ankara et Washington lors du premier mandat de Trump. Le Trésor américain a sanctionné en août 2018 le ministre de la Justice de l’époque, Abdulhamit Gül, et le ministre de l’Intérieur, Süleyman Soylu, les accusant d’avoir joué un rôle dans la détention de Brunson. Washington a également augmenté les droits de douane sur l’acier et l’aluminium turcs, des mesures qui sont survenues alors que la livre turque était déjà sous pression.
La crise monétaire s’est aggravée alors que les tribunaux turcs rejetaient les demandes de libération de Brunson et que Trump menaçait de nouvelles mesures. L’affaire était devenue un point chaud qui a accéléré une crise monétaire croissante.
Erdoğan a résisté publiquement à la pression américaine. En 2017, il a suggéré un échange impliquant Gülen. Les États-Unis ne l’ont pas extradé.
Après la décision d’octobre 2018, Brunson est retourné aux États-Unis et a rencontré Trump à la Maison-Blanche. Les nouvelles remarques de Trump à Ankara ont relancé une affaire que les figures de l’opposition turque et les défenseurs des droits citent souvent comme un exemple de la manière dont les tribunaux rendent des décisions à la demande d’Erdoğan.




