Dizaines de personnes arrêtées lors de vastes raids anti-LGBTQ en Turquie
Les points importants
- Répression massive : Au moins 60 personnes arrêtées lors de raids visant bars gays et domiciles de militants LGBTQ.
- Discours officiel : Le gouvernement justifie ces opérations par la protection des « valeurs familiales traditionnelles », dans le cadre de la « Décennie de la famille ».
- Dérive autoritaire : L'UE et l'opposition dénoncent une « escalade choquante de la répression » et une « violation flagrante des droits fondamentaux ».
La police turque a lancé dimanche une offensive contre des bars gays et les domiciles de militants LGBTQ, arrêtant au moins 60 personnes lors de raids que les autorités ont présentés comme une mesure de protection des valeurs familiales traditionnelles, ont indiqué responsables et militants.
La communauté LGBTQ de Turquie est régulièrement prise pour cible par le gouvernement, le président Recep Tayyip Erdoğan la qualifiant de « mouvement déviant » et de « pervers », responsables selon lui de la baisse du taux de natalité.
Le raid de dimanche survient un jour après que les comptes d’une douzaine d’organisations LGBTQ turques ont été bloqués sur X à la demande des autorités, selon un observatoire.
« Dans le cadre des opérations ‘Ma famille est en sécurité’… menées en collaboration avec nos forces de police et de gendarmerie, des procédures judiciaires ont été engagées contre 162 suspects, 9 organisations et 13 entreprises dans… un total de 15 provinces », a posté sur X le ministre de la Justice, Akın Gürlek. De nombreuses opérations ont eu lieu autour d’Istanbul et d’Ankara.
Gürlek a précisé que ces raids s’inscrivaient dans le cadre de la « Décennie de la famille » proclamée par Erdoğan, visant à « protéger nos enfants, l’institution de la famille et l’ordre social ».
Selon les procureurs d’Ankara, d’Istanbul et d’Izmir, cités par l’agence de presse publique Anadolu, au moins 63 personnes ont été arrêtées.
Les militants des droits LGBTQ et des droits des femmes constituent l’un des principaux foyers de résistance au gouvernement conservateur d’inspiration islamiste, au pouvoir depuis 2002.
À Istanbul, la police a perquisitionné plusieurs bars gays et une boîte de nuit considérée comme un refuge pour la communauté LGBTQ, selon des images vidéo des médias pro-gouvernementaux.
Un hammam pour hommes, réputé être un lieu de prostitution, a également été ciblé.
L’organisation de défense des droits LGBTQ Kaos GL, dont les bureaux ont été perquisitionnés et dont les dirigeants ont été placés en garde à vue, a déclaré plus tôt que « près de 50 défenseurs des droits des personnes LGBTQ (…) ont été placés en garde à vue ou font l’objet de procédures judiciaires impliquant des interrogatoires ou des détentions » dans tout le pays.
Selon le groupe, les autorités judiciaires d’Ankara avaient allégué que Kaos GL avait publié des « messages obscènes » sur son site web et ses réseaux sociaux, et que ce contenu était accessible aux enfants.
Bien que les relations homosexuelles ne soient pas pénalement répréhensibles en Turquie, l’homophobie y est répandue.
Violation flagrante
Le rapporteur du Parlement européen pour la Turquie a condamné ces arrestations comme « une escalade choquante de la répression » dans le pays. Les efforts de la Turquie pour adhérer à l’UE sont gelés depuis quelques années, mais elle reste un partenaire commercial et politique clé.
« Cette imposition d’un agenda moral est une violation flagrante des droits fondamentaux et des engagements internationaux de la Turquie, qui engage le pays sur une voie sombre », a écrit Nacho Sanchez Amor sur X.
« L’existence ne peut être interdite ou restreinte. Les droits LGBTI+ sont des droits humains ! » a déclaré sur X Özgül Saki, députée du parti pro-kurde de gauche DEM à Istanbul.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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