Irak : la milice yézidie liée au PKK à Sinjar remettra ses armes à l’État
Les points importants
- Désarmement annoncé : Le Premier ministre irakien annonce que la milice YBŞ remet ses armes à l'État, avec intégration des combattants éligibles.
- Contrôle de Sinjar : Le Mont Sinjar passe sous autorité fédérale, et une commission est créée pour la sécurité et la reconstruction.
- Contexte régional : Cette décision s'inscrit dans la politique de contrôle des armes et coïncide avec le processus de paix turco-kurde.
Le Premier ministre irakien a annoncé qu’un groupe armé yézidi lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le district de Sinjar, dans le nord de l’Irak, commencera à remettre ses armes à l’État, les combattants éligibles étant intégrés dans les forces de sécurité irakiennes.
Le Premier ministre Ali Faleh al-Zaidi a annoncé cette décision vendredi après avoir rencontré les dirigeants des Unités de résistance de Sinjar (YBŞ) et une délégation de l’Alliance pour la cause yézidie.
Al-Zaidi a déclaré que le Mont Sinjar passerait sous l’autorité totale du gouvernement fédéral et de ses institutions sécuritaires et administratives.
Le gouvernement normalisera le statut des membres des YBŞ et des membres de ses unités féminines et intégrera ceux qui remplissent les conditions dans les institutions sécuritaires irakiennes conformément à la loi.
Al-Zaidi a déclaré que le contrôle des armes par l’État et la centralisation des décisions sécuritaires sous une seule autorité étaient nécessaires pour protéger les résidents et stabiliser le district.
Il a également ordonné la création d’une commission pour évaluer les besoins de Sinjar en matière de sécurité, de services publics et de reconstruction, et pour aider les résidents déplacés à revenir.
Sinjar, dans la province irakienne de Ninive près de la frontière syrienne, est la patrie historique d’une grande partie de la minorité yézidie du pays et a été le théâtre de la campagne de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) en 2014, faite de meurtres, d’enlèvements et d’esclavage sexuel contre cette communauté.
Les YBŞ ont gagné en importance lors de l’assaut de l’EIIL, lorsque des combattants yézidis, aux côtés de militants du PKK, ont aidé à défendre les civils piégés sur le Mont Sinjar et ont ensuite combattu le groupe djihadiste.
Les YBŞ ont reçu le soutien du PKK et ont été décrites par Reuters et d’autres sources comme affiliées au groupe militant kurde, bien que les YBŞ aient nié faire partie organisationnellement du PKK.
La Turquie considère les YBŞ comme une extension du PKK et a mené des frappes de drones contre ses commandants et combattants à Sinjar.
Le PKK, qui a lancé une campagne armée contre l’État turc en 1984, est désigné comme une Organisation terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux.
Bagdad et le gouvernement régional du Kurdistan ont conclu un accord en 2020 visant à rétablir le contrôle de l’État sur Sinjar après des années durant lesquelles les forces irakiennes, les forces kurdes, les groupes armés yézidis et les combattants liés au PKK se sont disputé l’influence dans le district.
L’accord prévoyait que toutes les formations armées autres que les forces de sécurité de l’État quittent Sinjar et que le PKK et ses affiliés n’y aient aucun rôle.
Ces dispositions n’ont jamais été pleinement mises en œuvre, laissant Sinjar divisé entre des acteurs sécuritaires et politiques concurrents et ralentissant la reconstruction et le retour des Yézidis déplacés par l’attaque de l’État islamique.
La décision des YBŞ intervient dans le cadre d’une initiative plus large du gouvernement d’al-Zaidi visant à placer sous contrôle étatique les armes détenues par des factions armées, une politique qui a également ciblé de puissantes milices soutenues par l’Iran.
Ce développement intervient également alors que la Turquie tente de mettre fin à son conflit de quatre décennies avec le PKK, après que le groupe a annoncé en 2025 qu’il se dissoudrait et abandonnerait les armes en réponse à un appel de son fondateur emprisonné, Abdullah Öcalan.
Le parlement turc a adopté en août une législation établissant un processus de dépôt des armes et d’amnistie pour certains membres du PKK.
Le gouvernement irakien n’a pas précisé que l’accord avec les YBŞ faisait partie du processus de paix turc, mais sa mise en œuvre réduirait la présence armée indépendante à Sinjar d’un groupe qu’Ankara cible depuis des années en raison de ses liens avec le PKK.




