La Turquie arrête 20 personnes lors de raids pour des liens présumés avec le mouvement Gülen
Les points importants
- Arrestations massives : 20 personnes, dont des fonctionnaires et des employés du privé, sont visées par cette opération coordonnée depuis Istanbul.
- Accusations infondées : Les preuves reposent sur des fichiers numériques contestés, des coups de fil en cabine et des comptes bancaires fermés depuis des années.
- Contexte répressif : Depuis 2016, toute appartenance réelle ou supposée au mouvement Gülen sert de prétexte à des purges massives en Turquie.
La police turque a arrêté 20 personnes lors de raids menés dans six provinces pour des liens présumés avec le mouvement de foi Gülen, a rapporté vendredi le média public TRT Haber.
L’opération, menée sur 21 sites sous la coordination du parquet général d’Istanbul, s’inscrit dans le cadre d’une enquête sur ce que les autorités turques présentent comme le réseau secret du mouvement au sein de la police. Les détenus comprennent cinq fonctionnaires encore en activité, trois anciens agents publics révoqués et douze salariés du secteur privé.
Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, cible le mouvement Gülen – inspiré par le prédicateur musulman Fethullah Gülen, décédé en 2024 – depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 qui l’impliquaient, ainsi que des membres de sa famille et de son entourage proche. Il a qualifié ces enquêtes de complot de sympathisant du mouvement Gülen, a désigné le mouvement comme une Organisation terroriste en mai 2016, et a intensifié une répression massive après une tentative de putsch en juillet de la même année, qu’il a attribuée à Gülen. Ce dernier a toujours nié toute participation à cette tentative ou à toute action terroriste.
Les autorités affirment que les suspects ont été identifiés grâce à des données stockées sur une carte SD fournie par un témoin secret baptisé « Garson » (garçon de café). Les enquêteurs invoquent également des contacts présumés avec des membres du mouvement, des dépôts importants ou des comptes désormais fermés chez Bank Asya, et des relevés d’appels séquentiels passés en cabine téléphonique. Le parquet prétend que les suspects agissaient en supervisant un réseau occulte du mouvement au sein de la police.
Les fichiers fournis par ce témoin secret ont été utilisés dans de nombreuses affaires pénales et administratives impliquant des policiers accusés d’appartenance au mouvement Gülen. En juin dernier, la Cour constitutionnelle turque a jugé que les autorités n’avaient pas suffisamment vérifié ni expliqué l’utilisation de ces archives dans le cadre d’affaires visant un ancien policier, ordonnant la révision du procès.
Les soi-disant « enquêtes par cabine téléphonique » reposent sur des relevés d’appels. Le parquet allègue qu’un membre du mouvement Gülen se serait rendu dans une cabine pour appeler successivement tous ses contacts. Or, cette présomption simple est la seul preuve matérielle : dès qu’un numéro figure sur une liste d’appels, les autres numéros appelés juste avant ou juste après sont suspectés par association. Le contenu des appels n’est jamais examiné.
Depuis la tentative de putsch de 2016, le gouvernement turc assimile à une appartenance à une organisation terroriste des actes aussi simples que la détention d’un compte à Bank Asia, l’utilisation de l’application ByLock, abonnement au quotidien *Zaman* (désormais fermé), ou même le statut d’abonné à des publications affiliées au mouvement Gülen.
Cet article est une republication du Stockholm Center for Freedom.




