La Turquie a utilisé la Fondation Maarif pour fermer ou reprendre 162 écoles liées au mouvement Gülen dans 29 pays, selon un rapport
Les points importants
- Fermeture massive : La Turquie a fermé ou repris 162 écoles liées au mouvement Gülen dans 29 pays via la Fondation Maarif.
- Méthodes coercitives : Des pressions diplomatiques aux interventions des forces de sécurité, avec violations des droits et possible crime contre l’humanité.
- Implication étatique : La TMV est intégrée à l’appareil d’État turc et bénéficie de privilèges juridiques et de fonds publics croissants.
Le gouvernement turc a utilisé la Fondation Maarif (TMV), contrôlée par l’État, pour obtenir la fermeture, la confiscation ou le transfert à la TMV d’au moins 162 établissements d’enseignement liés au mouvement Gülen, un mouvement civique inspiré par la foi, dans 29 pays, par des méthodes allant de la pression diplomatique à des interventions coercitives impliquant les forces de sécurité ou les services de renseignement, a rapporté le Stockholm Center for Freedom, citant un nouveau rapport.
S’appuyant sur des études de cas comparatives de 14 pays, il montre comment la TMV a été créée quelques semaines avant une tentative de coup d’État en 2016 et est devenue le principal instrument de la campagne d’Ankara visant à démanteler un réseau mondial d’écoles associées au mouvement.
Le rapport, intitulé « Fondation Maarif turque et l’attaque mondiale contre les écoles du mouvement Gülen » et publié par le groupe de défense des droits humains Solidarity with OTHERS, basé en Belgique, indique que nombre de ces fermetures et transferts ont eu lieu sans procédures transparentes, recours judiciaires efficaces ou indemnisation adéquate. Sur les 162 institutions identifiées, 131 ont été directement transférées à la TMV, tandis que la campagne plus large a touché environ 7 800 employés.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible le mouvement Gülen, une initiative civique mondiale inspirée par les idées du clerc musulman Fethullah Gülen, décédé en 2024, depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 qui l’ont impliqué, lui ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle rapproché. Il a rejeté ces enquêtes comme un complot des sympathisants du mouvement Gülen et a ensuite désigné le mouvement comme une Organisation terroriste en mai 2016, intensifiant une répression massive après la tentative de coup d’État de juillet de la même année qu’il a accusé Gülen d’avoir orchestrée. Le mouvement nie toute implication dans la tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.
Le rapport replace la campagne outre-mer de la TMV dans le cadre plus large de la répression post-coup d’État en Turquie, notant que les autorités ont fermé 3 492 institutions liées au mouvement Gülen à l’intérieur du pays après 2016, dont environ 1 350 écoles, et ont révoqué les permis de travail de près de 20 000 personnels éducatifs.
Il inclut des cas du Mali, du Niger, de l’Afghanistan, du Libéria et du Venezuela, décrivant un schéma récurrent dans lequel des gouvernements ont fermé ou transféré des écoles sous la pression d’Ankara. Dans plusieurs pays, des enseignants et administrateurs turcs ont été détenus ou expulsés.
Au Libéria, par exemple, les autorités ont confisqué les passeports et les documents de séjour du personnel de deux écoles liées au mouvement Gülen et des membres de leur famille en avril 2022. Des agents de sécurité ont ensuite emmené les membres du personnel et leurs familles de leur domicile à l’aéroport et les ont expulsés sans procédure judiciaire ou administrative préalable ni possibilité de contester la décision. Certains des expulsés étaient sous protection internationale.
Selon le rapport, ces mesures ont entraîné des violations des droits à la propriété, au travail, à la liberté de circulation et à l’accès à la justice pour les propriétaires d’écoles, les employés et leurs familles.
Dans son évaluation juridique, le rapport indique que le schéma documenté fournit une base raisonnable pour examiner si la campagne constitue une persécution en tant que crime contre l’humanité au sens de l’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Malgré son statut juridique de fondation, la TMV est structurellement intégrée à l’appareil d’État turc, indique le rapport. Son conseil d’administration comprend de hauts responsables gouvernementaux et des personnes nommées par la présidence.
Le rapport décrit un schéma de « circulation des élites » entre la direction de la TMV et la bureaucratie diplomatique et étatique turque, les hauts responsables de la fondation passant d’un poste à l’autre entre la TMV, le ministère des Affaires étrangères, les ambassades turques et d’autres institutions gouvernementales.
Soulignant davantage son caractère soutenu par l’État, la TMV bénéficie de privilèges juridiques dont ne disposent pas les fondations privées ordinaires, notamment une exemption du contrôle de la Cour des comptes turque. La fondation a reçu un financement public en constante augmentation depuis 2022, les transferts annuels du gouvernement atteignant 7,8 milliards de lires (195 millions de dollars) en 2026.
Les conclusions du rapport dépeignent la TMV non pas simplement comme un fournisseur d’éducation à l’étranger, mais comme faisant partie d’une campagne soutenue par l’État qui a étendu la répression turque post-2016 au-delà de ses frontières, souvent au détriment des procédures légales, des droits de propriété et des moyens de subsistance de milliers d’éducateurs.
Outre le transfert ou la fermeture d’écoles liées au mouvement Gülen dans certains pays, le gouvernement turc mène depuis 2016 une vaste campagne de répression transnationale, ciblant les présumés sympathisants du mouvement Gülen à l’étranger par le biais de la surveillance, d’enlèvements, de retours forcés et de pressions sur les gouvernements hôtes. Cette campagne a attiré l’attention soutenue des organisations de surveillance internationales et des organismes de défense des droits humains. Dans un rapport de 2023, Freedom House a classé la Turquie au deuxième rang mondial des auteurs de répression transnationale, derrière seulement la Chine.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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