Sur cette photo d'archive, le maire d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu, salue ses partisans rassemblés devant la municipalité métropolitaine d'Istanbul lors d'une manifestation à Istanbul le 14 décembre 2022, après qu'un tribunal turc l'a condamné à près de trois ans de prison dans le cadre d'un procès politiquement chargé. (Photo de Yasin AKGUL / AFP)
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Le responsable des droits de l’homme du Conseil de l’Europe soulève des préoccupations « graves » concernant le procès d’İmamoğlu

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Par Bosphorama

Publié le

Les points importants

  • Droits de la défense bafoués : L'accès restreint au dossier d'enquête et aux preuves clés compromet le droit à un procès équitable.
  • Indépendance judiciaire en question : Des témoins se sont rétractés, affirmant avoir été contraints, et des observateurs ont été exclus de l'audience.
  • Procès politique dénoncé : Les accusations, la détention provisoire et le calendrier des audiences visent à écarter İmamoğlu de la vie politique.

Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a exprimé de sérieuses inquiétudes concernant les poursuites engagées contre le maire emprisonné d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, et des centaines de co-accusés, évoquant des restrictions imposées à la défense, des questions sur l’indépendance judiciaire et des allégations de mauvais traitements en détention.

Dans une déclaration publiée vendredi, O’Flaherty a estimé que l’affaire de la municipalité métropolitaine d’Istanbul soulevait de « graves problèmes concernant le droit à un procès équitable », notamment en ce qui concerne l’égalité des armes entre l’accusation et la défense.

İmamoğlu est incarcéré depuis mars 2025, date à laquelle un tribunal a ordonné sa détention provisoire peu avant que le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), ne le choisisse comme candidat à l’élection présidentielle de 2028.

L’affaire implique plus de 400 prévenus, dont 53, y compris İmamoğlu, restent en détention provisoire. L’acte d’accusation, qui compte près de 4 000 pages, lui reproche 142 actes criminels et d’avoir fondé et dirigé une organisation criminelle. Les procureurs réclament une peine comprise entre 828 et 2 352 ans de prison.

İmamoğlu, principal rival politique du président Recep Tayyip Erdoğan, nie toutes les accusations et affirme que cette affaire vise à l’écarter de la vie politique.

O’Flaherty a déclaré dans son communiqué que la défense avait été confrontée à de sévères restrictions, notamment un accès limité au dossier d’enquête, aux documents clés et aux preuves nécessaires pour contester la détention des prévenus et préparer le procès.

Il a également fait état de rapports indiquant que des prévenus et des observateurs avaient été exclus de la salle d’audience et que certains témoins s’étaient par la suite rétractés, affirmant que leurs déclarations avaient été obtenues sous la pression.

Le commissaire s’est dit préoccupé par les enquêtes distinctes ouvertes sur des propos tenus par İmamoğlu lors des audiences, l’accusant d’avoir insulté et menacé des agents publics.

Les procureurs ont ouvert une nouvelle enquête mercredi après qu’İmamoğlu a déclaré au tribunal : « Je ne présenterai pas de défense. Je jugerai », lors d’un différend avec le juge président concernant le temps alloué à sa défense.

İmamoğlu a été expulsé de la salle d’audience après avoir contesté un calendrier qui, selon lui, l’obligerait à répondre en quelques heures à un acte d’accusation requérant une peine de plus de 2 000 ans de prison.

Ses avocats ont déclaré que cette décision restreignait illégalement son droit à présenter une défense.

O’Flaherty a également critiqué la décision de programmer trois procédures contre İmamoğlu le 6 juillet : l’affaire principale de la municipalité, une affaire d’espionnage politique et une affaire pénale liée à l’annulation de son diplôme universitaire.

La tenue simultanée de ces audiences a contraint İmamoğlu et ses avocats à traiter plusieurs dossiers en même temps, a-t-il souligné.

La première série d’audiences s’est achevée le 8 juillet malgré l’ampleur de l’affaire et avant que plusieurs prévenus n’aient pu présenter intégralement leur défense, a ajouté O’Flaherty.

İmamoğlu a été empêché de présenter sa défense dans l’affaire principale et exclu de parties substantielles des débats, ce qui a limité sa capacité à suivre les preuves et les déclarations des co-accusés.

Le commissaire a également appelé à une enquête indépendante sur les allégations selon lesquelles İmamoğlu et d’autres détenus auraient été soumis à des traitements dégradants et à des menaces.

« De telles allégations doivent faire l’objet d’une enquête rapide, effective, indépendante et impartiale », a-t-il déclaré, citant les obligations de la Turquie en vertu de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit la torture et les traitements inhumains ou dégradants.

O’Flaherty a exhorté les autorités turques à veiller à ce que les procédures soient conformes aux articles 3, 5 et 6 de la Convention, couvrant la protection contre les mauvais traitements, le droit à la liberté et le droit à un procès équitable.

Il a déclaré que la détention provisoire ne devrait être utilisée qu’à titre exceptionnel et a appelé les autorités à donner à tous les prévenus une véritable possibilité d’être entendus et de présenter intégralement leur défense.

Parallèlement, la Cour européenne des droits de l’homme a notifié au gouvernement turc en mars une requête déposée par İmamoğlu contestant sa détention provisoire dans le cadre de l’enquête sur la municipalité.

La Cour a demandé à Ankara de répondre aux plaintes concernant sa détention pour suspicion de direction d’une organisation criminelle, corruption, ingérence dans les marchés publics et obtention illicite de données personnelles.

İmamoğlu a remporté un nouveau mandat de maire en mars 2024 dans la plus grande ville de Turquie, une victoire qui a consolidé son statut de principal challenger électoral d’Erdoğan.

La détention d’İmamoğlu, sa destitution et ses poursuites ont suscité la condamnation des partis d’opposition, des organisations de défense des droits et des institutions européennes, qui estiment que ces affaires menacent le pluralisme politique et la démocratie locale.

Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe a à plusieurs reprises appelé à sa libération et averti que la détention prolongée de maires élus sape la participation démocratique.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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